
Frederick R. Barton (1865-1945) n’est pas très connu et je n’ai que peu de renseignements à son sujet. Il fut capitaine de l’armée britannique en Sierra Leone et à la Barbade ; puis il se rendit en Nouvelle-Guinée en 1899, devenant pendant un an seulement le secrétaire particulier du gouverneur (1899-1900). Car les promotions vont s’enchaîner rapidement : il sera magistrat résident de la division centrale du Golfe (1902-1904) et enfin administrateur de la Nouvelle-Guinée de 1904 à 1907 basé à Port Moresby. En avril 1907, il prend un congé et… démissionne en avril 1908 pour s’installer à Zanzibar.

En fait, la période qui nous intéresse se situe en février 1906 lorsque le Capitaine Barton fait une tournée d’inspection dans le Golfe. Il est noté que les 8 et 9 février il est dans le village de Kaimari, le 10 février, il se rend brièvement à Goaribari, puis passe par Daru. On le retrouve le 13 février à Orokolo ; le 17, à Kerema. Au cours de ce voyage, il visite encore les villages de Vailala et Keuru. (source MAA Cambridge).

© MAA Cambridge P.1779.ACH1.
C’est à Vailala, que Barton photographie ces deux étonnantes sculptures installées près d’une planche, dans une alcôve (larava) d’une maison longue (eravo). Ces figures anthropomorphes sont particulièrement intéressantes avec leur perruque de cheveux humains et leurs motifs sur le corps. On notera qu’elles portent autour du cou ce qu’on appelle des marupai, ces mini-noix de coco sculptées, et qu’elles arborent un ornement de nez. Entre ces deux figures se trouvent arc ? et flèches. On distingue encore à leurs pieds des ceintures en peau d’écorce, des coquillages…

@ The British Museum Oc,B29.4.
Dans la photo ci-dessus, une seule planche est posée dans le lavara mais on compte un nombre impressionnant de crânes humains, de porcs et de crocodiles…
D’autres photographies prises par Barton sont encore conservées au British Museum. Elles s’intéressent à des femmes du Golfe possèdant d’importants tatouages corporels. De nos jours, on a bien sûr des difficultés à recevoir ces images où le corps de la femme est objectifié sans pudeur, au sein des autres photographies.


Quant aux collectes d’artefacts de Barton, elles furent assez importantes. En 1919, il fit don de 257 objets de Papouasie-Nouvelle-Guinée au British Museum. Huit autres de ses objets de Papouasie-Nouvelle-Guinée ont été donnés par Seligman ou Sir George Ruthven Le Hunte (administrateur de la Nouvelle-Guinée de 1899 à 1903). La collection comprend de nombreuses flèches et arcs, des spatules à chaux, des poteries ainsi que des haches, des ornements corporels et des pipes. On notera toutefois deux figures intéressantes, collectées à Goaribari. Sculptées à partir de racines de palétuvier dont l’artiste garde les formes originelles, ces figures imunu semblent se référer à un être mythique … mais avouons que cela ne veut pas dire grand chose… (photos ci-dessous)
L’anthropologue Francis Edgar Williams (1893 – 1943), dans son ouvrage de 1924, The natives of the Purari Delta, pose la question de la signification du mot kaiemunu , ces « petits monstres » d’osier sur lesquels nous reviendrons, en suggérant que celui-ci soit formé à partir de « kaia » (tonnerre, nuage, ciel) + « Imunu » (sur lequel les informateurs ne disent rien (p134) !) mais qui, dans les régions Wapo et de l’Era, désignerait la « force vitale ». C’est encore l’imunu qui fait le lien entre les maisons longues des hommes et la rivière si importante dans ces régions (p.105). Ces figures comme représentations d’un (ou plusieurs) « indicible (s) » ne sont donc pas une mince affaire à interpréter !


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