Percy J. Money


Femme avec enfant sur le dos, Wanigela, photo © Percy J. Money, Kulturhistorisk Museum Oslo – UEMf09946_095

Dans la continuité de l’article consacré à Albert English — et me référant encore au tableau de Jan Hasselberg dans Historical Photographs from New Guinea 1875–1940 — ce nouvel épisode s’attache à la figure de Percy J. Money.

Lorsque celui‑ci arrive à Collingwood Bay en 1901, il n’est encore qu’un jeune missionnaire anglican, sportif accompli et homme aux multiples talents. Pourtant, en moins d’une décennie, il deviendra l’un des principaux témoins de la vie sociale, rituelle et matérielle de cette région de Papouasie‑Nouvelle‑Guinée, laissant derrière lui une importante collection ethnographique et photographique.

Son parcours est intéressant car il reflète à la fois l’ambition missionnaire, les tensions coloniales et les paradoxes d’une collecte de « sauvegarde ».

Money dans la maison missionnaire de Uiaku, 1902,
© The Australian Museum, AMS 328, Percy Money Photographs, M2066/1.

Nommé responsable du district de Wanigela en juin 1901, après le départ de Wilfred Abbott – que nous évoquerons ultérieurement – Money est pendant six ans le seul missionnaire résident de Collingwood Bay. Il apprend rapidement les langues locales — l’ubir à Wanigela et le maisin à Uiaku — et traduit liturgie et hymnes pour faciliter l’implantation de la mission.

Dans son article de 2014, « The Materiality of Missionisation in Collingwood Bay, Papua New Guinea » (à télécharger), Anna-Karina Hermkens dresse un portrait précis de Money et détaille son rôle au sein de sa mission chez les Maisin.

Il est en effet chargé de répandre l’influence anglicane vers Uiaku, au cœur du territoire maisin, réputé « indiscipliné » et « obstinément païen ». Malgré une méfiance initiale, les chefs d’Uiaku acceptent la construction d’une église puis d’une école en 1902, dans un contexte marqué par la montée de la présence coloniale et les violences administratives, notamment l’expédition punitive de 1900 menée par C.A.W. Monckton.

Ancien « boxeur, entraîneur de football, vainqueur de courses cyclistes et gymnaste aux barres parallèles », mais aussi capable d’être à la fois évangéliste, enseignant, architecte, charpentier, traducteur, journaliste, photographe et même archéologue, Money incarne une polyvalence « jamais vue ». Il privilégie la persuasion et la collaboration, car il doit faire face à une forte résistance à Uiaku. Mais il réussit. Et sous sa direction, deux stations supplémentaires sont établies à Sinapa et Okein, renforçant la présence anglicane dans la région.

Entre 1904 et 1908, Money correspond régulièrement avec l’Australian Museum, auquel il propose de constituer une collection. Il rassemble alors des centaines d’objets, accompagnés de notes ethnographiques précises : usages, cérémonies, noms vernaculaires en ubir et maisin. Il réalise en outre des centaines de photographies.


Pages de l’album 2, réalisé par Money comme cadeau pour sa mère en 1912

À partir de 1905, la hiérarchie missionnaire impose à Money de collecter en priorité pour le « Mission Museum ». Il s’y conforme, mais continue néanmoins d’envoyer des doublons au musée de Sydney, convaincu qu’une institution publique dispose de meilleures conditions de conservation. Il apparaît par ailleurs que son épouse, Annie Ker — missionnaire elle aussi et autrice de Papuan Fairy Tales (1910) — ait participé à ces collectes. Plusieurs pièces provenant de Wedau et des îles Trobriand, où elle a exercé, lui sont vraisemblablement attribuables.

Au début du XXᵉ siècle, tout n’est cependant pas accessible à l’achat. Money note ainsi qu’il lui est impossible d’obtenir certains objets familiaux, quels que soient les prix proposés : tapa de clan, spatules à chaux, coquillages de valeur, emblèmes lignagers, entre autres.

Ses photographies et ses collectes, aujourd’hui conservées à l’Australian Museum et dans quelques institutions australiennes, forment ainsi un corpus précieux mais profondément ambivalent. Elles documentent la richesse culturelle de Collingwood Bay tout en révélant les logiques missionnaires et coloniales qui ont contribué à en remodeler les pratiques.

Une partie de ses collectes fut envoyée au dépôt missionnaire de Port Moresby, où la mission organisait régulièrement des ventes de curios (cf. page de l’album 2 plus haut). Money appartenait par ailleurs à un vaste réseau d’échanges reliant missionnaires, administrateurs coloniaux et institutions muséales. Ses objets ont ainsi circulé par l’intermédiaire d’autres missionnaires avant d’intégrer des collections plus importantes.

Money réalisa également plusieurs centaines de photographies qu’il tenta de vendre à des musées internationaux, en soulignant leur valeur documentaire : « ce sont les seules de ce genre existantes, et bientôt l’influence européenne changera les habitudes indigènes« .

Une remarque qui met en lumière le paradoxe d’un observateur qui enregistre des pratiques qu’il contribue lui-même à transformer, voire à faire disparaître !

3 types différents de parures, Wanigera, photo © Percy J. Money, Kulturhistorisk Museum Oslo – UEMf09946_045


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