Wilfred H. Abbot et la Mission Anglicane de Collingwood Bay

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Avec Percy J. Money, la collecte missionnaire à Collingwood Bay a pris une ampleur nouvelle. Mais son arrivée en 1901 ne marque pas un commencement : elle prolonge la mission de Wilfred H. Abbot, premier résident de Wanigela.

Lorsque ce dernier débarque à Collingwood Bay en 1898, il arrive avec l’assurance d’un jeune prêtre formé à Oxford, convaincu que la mission anglicane peut transformer en quelques mois un monde pour lui inconnu. Son bref passage va laisser une empreinte paradoxale : mélange d’enthousiasme et de forte, trop forte autorité.

Ainsi, à Sinapa, son premier poste, Abbot tente-t-il d’imposer un rythme de travail soutenu aux Maisin. Il multiplie les injonctions parfois les menaces, persuadé que la discipline ouvrira la voie à l’Évangile. Installé ensuite à Wanigela, Abbot pousse plus loin encore son désir de « réformer » la vie locale : réorganisation du village, travail obligatoire, surveillance morale, punitions… Son autoritarisme et ses excès (violence envers James Nogar, un enseignant originaire du Vanuatu qui l’aidait à la mission, dettes, alcool…) provoquent sa démission en 1900.

C’est néanmoins dans ce contexte que les premières collectes d’Abbot prennent forme. Elles ne relèvent pas d’un programme ethnographique structuré, mais d’une attention aux objets qui l’entourent — outils, contenants, instruments — dont il perçoit probablement la valeur documentaire.

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Les objets associés à Abbot, conservés aujourd’hui au British Museum et à l’Horniman Museum (mais aussi au Varldskultur museet de Göteborg) ,témoignent de cette proximité. Il semble par exemple avoir été intéressé par la fabrication des étoffes d’écorce puisque la collection en compte un grand nombre ainsi que de dessins de maillets pour battre l’écorce. On trouve encore de nombreuses spatules à chaux et des contenants à chaux… entre autres.

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Mais Abbot n’était pas un ethnographe. Aussi n’a-t-il pas produit de descriptions systématiques. Seuls quelques dessins témoignent de ses intérêts pour un pan de la culture matérielle des Maisin. Ses collectes inaugurent pourtant une dynamique qui marquera la région : celle des objets quittant Collingwood Bay pour rejoindre les musées européens.

Pour compléter ces deux articles du blog sur Collingwood Bay :

À lire l’article de John Barker « Cheerful Pragmatists: Anglican Missionaries among the Maisin of Collingwood Bay, Northeastern Papua, 1898–1920 in The Journal of Pacific History, 2, avril 1987 qui analyse la manière dont cinq missionnaires anglicans, successivement en poste chez les Maisin de Collingwood Bay entre 1898 et 1920, ont adapté — ou non — leur action évangélisatrice à la culture locale.

John Barker montre que, malgré un discours officiel relativement tolérant envers les coutumes papoues, la mission anglicane ne disposait d’aucune stratégie cohérente : tout dépendait de la personnalité, des compétences et du tempérament de chaque missionnaire.

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