Le problème Baining

Quai-branly-baining-mask

Les Baining de Nouvelle-Bretagne sont réputés pour leurs impressionnants masques en tissu d’écorce, aux formes surréelles, permettant de représenter un esprit lié à un animal, une plante ou une activité associée à la forêt. Ils sortent lors de cérémonies diurnes à l’occasion d’un nouveau cycle de plantation mais aussi de manière très spectaculaire pour des danses nocturnes au cours desquelles prennent vie des esprits de la brousse.

Pourtant, il semble que chez les Baining, il « ne se passe rien », que ce sont des gens dépourvus de systèmes de croyances et de pratiques sociales complexes telles celles mises à jour dans de nombreuses sociétés mélanésiennes… tel fut le constat des premiers ethnologues à leur rendre visite !

Masques_jour-Corbin-Baining

Et non des moindres… puisqu’il est en effet un épisode méconnu dans la vie du célèbre ethnologue que fut Gregory Bateson dont j’ai parlé il y a peu : son séjour chez les Baining, en Nouvelle-Bretagne, à la fin des années 20, fut une catastrophe !
Bateson les quitta, dépité, considérant ce peuple comme « in-étudiable »… car leur existence était « terne et incolore », engluée dans une routine navrante !

40 ans plus tard, Jeremy Pool, alors jeune anthropologue débarque chez ce peuple, bien décidé à écrire une thèse ! Il ne l’écrira jamais… il retournera même en Angleterre, quittant à jamais l’anthropologie pour devenir informaticien !
Il faudra attendre les travaux de Jane Fajans qui passa deux années à partager un quotidien ponctué de tâches répétitives, … pour appréhender les bases de cette société. C’est ce qu’elle nous a fait partager dans l’extraordinaire ouvrage de 1997 : They make themselves

Akip-jane-fajans

Mais revenons à ce qui fut un fiasco ! Jeremy Pool n’était pas seul lors de son séjour dans les années 69, mais accompagnée de sa femme Gail. Agé d’une vingtaine d’années, le couple est de la génération d’anthropologues pour laquelle les expériences de terrain de Franz Boas, Malinowski, Evans-Pritchard, Margaret Mead sont les « modèles » du genre ; et très vite, il a envie de relever le défi du « problème Baining »…

Lost-among-the-baining

On le sait ce sera un échec. Douloureux du point de vue professionnel (pour Jeremy mais aussi pour Gail qui était alors une jeune écrivain et qui ne parvint pas à écrire une seule ligne !), mais aussi très déstabilisant pour leur propre avenir de couple.
Quarante ans après, Jeremy et Gail retournent en Nouvelle-Bretagne, et cette fois-ci Gail en sort un ouvrage plein d’humour : Lost among the Baining au sous-titre évocateur : Adventure, Marriage, and Other Fieldwork !


Photo 1 : © musée du Quai Branly
Photo 2 : © G. A. Corbin, 1972
Photo 3 : © Jane Fajans, in They make themselves, 1997

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