Des effigies redoutables (3)

Vienne
Parmi les objets emplumés collectés lors de ce 3ème voyage, il y a les fameuses et souvent grimaçantes effigies. On en trouve mention dans les Carnets du Capitaine King relatant la grande cérémonie du 26 janvier 1779 qui accueillit le Capitaine Cook :

« Terreeoboo, and his chiefs, were in the first canoe, arrayed in feathered cloaks and helmets, and armed with spears and daggers. In the second, came Kaoo, the chief priest, together with his brethren, having their idols displayed on red cloth. These idols were figures of an enormous size, made of wicker-work, and curiously ornamented with small feathers of a variety of colours. Their eyes were large pearl oysters, with a black nut placed in the centre, a double row of the fangs of dogs was fixed in each of their mouths, which, as well as the red of their features, appeared strangely distorted. »

Effigies-hawaii-british-museum-cook
On sait que 8 figures de ce type sont revenues des voyages de Cook, dont une a été perdue.
La plupart des autres a été acquise lors de la vente de 1806. On les retrouvera à Berlin, à Vienne, à Göttingen, à Chicago et 3 au British Museum.
Ces images, toutes récoltées lors de la cérémonie en l’honneur des moissons de janvier 1779, devaient être des représentations de divinité et probablement dans ce cas précis, toutes consacrées à Lono, bien que leur aspect agressif nous fasse plus aisément songer à une représentation du dieu de la guerre Ku. De fait, elles étaient peut-être employées en des occasions multiples.

Temple Un autre objet, unique en son genre, fut ramené lors de cette troisième expédition. Il s’agit d’un petit temple emplumé (59cm de hauteur) qui devait servir de réceptacle, lui aussi, à la divinité lorsqu’elle se manifestait lors de rites. Il est actuellement conservé au musée ethnographique de Vienne tout comme les 230 objets achetés lors de la vente de 1806 pour le compte de l’empereur d’Autriche !

Oc HAW.93

Sur une planche dessinée par John Webber (plate 67 – Atlas of the Cook’s third voyage) au-dessus du dessin d’un bracelet en défenses de sanglier, se trouve représenté un objet fort curieux, proche de la forme d’un hélicoptère au rotor de plumes ! Il s’agit en fait d’un instrument de musique, une castagnette de danse, formée par une calebasse et un petit tambour orné de plumes.
C’est encore un dessin de John Webber qui nous permet d’en connaître la fonction : ce danseur vu sous trois angles différents semble jongler avec un drôle d’objet. Une seule de ces castagnettes nous est parvenue entière, probablement donnée par Joseph Banks au British Museum car la date d’entrée dans les collections mentionnée est 1780.

Danseurs-webber

On pourrait recenser encore de nombreux objets rapportés d’Hawaii comportant des plumes : des sceptres, des étendards, des ornements notamment des colliers. De toute la Polynésie, c’est à Hawaii que l’on a travaillé la plume de manière la plus spectaculaire. Des milliers de petites plumes étaient assemblées : les jaunes attachées au symbole du pouvoir politique, les rouges, les plus importantes, relevant du sacré : le corps des dieux n’en était-il pas ainsi recouvert ?
Les chefs qui avaient le droit de porter ces vêtements d’apparat étaient investis d’un remarquable statut mais aussi protégés car pénétrés de mana (énergie, puissance, efficacité) quasi divin.

Cook-veste_350
Cook avait entre autres rapporté une cape exceptionnelle avec des plumes noires de coq.
Celle-ci fut présentée à l’exposition coloniale de Londres en 1886 avec des objets ayant appartenu à la veuve du capitaine, Elisabeth (Celle-ci s’était éteinte à 87 ans alors que ses sept enfants étaient déjà tous décédés…(lire Le retour)).
Cette « Pénélope » ds mers du Nord avait confectionné une veste à partir d’étoffe d’écorce polynésienne afin d’en vêtir son époux lors de sa présentation à la Cour au retour de son troisième voyage.
Aussi, en 1886, la veste, la cape assortie d’un casque furent-ils présentés ensemble par le cousin de Mme Cook, l’amiral Isaac Smith, qui était entré en possession de ces objets, investissant ainsi à titre posthume James Cook d’une aura qui, si ce n’est celle d’un dieu, est tout au moins celle d’un homme exceptionnel.

L’exemple de ces objets recueillis à Hawaii lors de la troisième expédition de Cook et qui vinrent constituer le fonds Pacifique de plusieurs grandes collections ethnographiques, montre combien ces artefacts eurent des « vies » bien particulières et souvent très mouvementées.
Pour les retrouver, il nous faut par conséquent, et dans un premier temps, enquêter sur les principaux protagonistes (Joseph Banks, Daniel Solander, John Montagu, Tupaia…) ,mais aussi les personnalités du bord, artistes, savants, médecins, marins qui dessinèrent, collectèrent et jouèrent tous un rôle dans notre investigation de ces curiosités artificielles.
à suivre

Sources : Voir Bibliographie 1-2-3.

Photo 1 : Effigie de plumes © Weltmuseum, Vienne. extraite de la video.
Photo 2 : Effigies de plumes – © The British Museum – Oc, VAN.231, HAW78 et LMS221
Photo 3 : Temple de plumes – © Musée Ethnographique de Vienne.
Photo 4 : Castagnette de danse – © The British Museum – Oc.HAW93.
Photo 5 : Dessin de John Webber : Un danseur © Bishop Museum -Honolulu.
Photo 6 : Ensemble de costume, cape et casque présenté à l’exposition universelle de Londres en 1886 en l’honneur du Capitaine Cook.

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