Georg Forster, un citoyen du monde – 22

Forster-rigaud

Johann Reinhold Forster avait certainement un « sale » caractère (cf. article), c’est indubitable, mais on ne peut nier qu’il fut un sacré bonhomme !
Né en 1729 en Prusse, il fait des études de théologie et se passionne très vite pour la botanique.
En 1765 on le trouve en Allemagne en mission d’inspection des colonies allemandes de la Volga pour le compte du pouvoir russe. Son rapport sans concessions aux autorités (existence de corruption, de formes d’esclavage…) lui doit d’être suspendu de tout financement. Il décide alors de tenter sa chance en Angleterre avec son fils Georg, âgé de douze ans.
Pour vivre, le père Forster écrit et traduit, déjà aidé par Georg. En 1772, lorsque Joseph Banks apprend qu’il ne peut partir pour le second voyage (ses exigences avaient été trop grandes aux yeux de Cook et de l’Amirauté, voulant réaménager totalement l’intérieur du navire afin de pouvoir disposer plus largement (pour lui-même mais aussi les artistes et les savants du bord) de lumière et de place, il recommande Forster pour assurer la fonction de Naturaliste de l’expédition.
C’est ainsi que père et fils quittent l’Angleterre à bord de la Resolution en juillet 1772.
Au retour, Johann Reinhold devait écrire le récit du voyage, une tâche rémunérée par l’Amirauté ; mais un différend les opposant, c’est Georg qui l’écrivit. L’ouvrage parut en mars 1777. Johan Reinhold fit le chemin inverse vers l’Allemagne en 1778 et obtint un poste à l’université de Göttingen. Il facilita semble-t-il l’accès de son fils à une fonction au sein de l’université de Kassel. Mais très vite ce dernier étouffe et va rechercher des voies moins conformistes auprès de la confrérie de la Rose Croix, et ce jusqu’en 1783 où il s’aperçoit que tout n’est que charlatanisme et part pour la Pologne. Il reviendra en Allemagne en 1784 pour se marier avec Thérèse Heyne, et, s’établissant à Gottingen, il traduira en allemand le récit du troisième voyage de Cook.
Mais Georg n’est pas fait pour être un simple traducteur ou un bibliothécaire, poste qu’il occupera à Mayence l’année suivante ; c’est un « citoyen du Monde », un jacobin qui va demander en 1793 à Paris le rattachement de Mayence à la jeune république française… mais la Prusse reprend Mayence et empêche cet élément perturbateur de revenir. Georg mourra à Paris, dans l’oubli et la pauvreté le 10 janvier 1794 à l’âge de 39 ans.

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Vingt ans plus tôt, le fils et le père sont dans le Pacifique Sud à la recherche de spécimens botaniques.
Lors des escales, l’intérêt porté à leur science les oblige à parcourir l’intérieur des terres et à côtoyer, plus que tous les autres marins du bord, les villageois. Ainsi ont-ils acquis des artefacts liés à la vie courante et pas simplement des objets de prestige ou liés à des cérémonies particulières. De plus si les deux premiers voyages de Cook ont fourni le plus grand nombre d’objets, les collectes des Forster ont été les plus systématiques et assez bien documentées… L’ennui est qu’une fois en Angleterre, les objets ont été pour la plupart vendus ou offerts… et les traces se sont perdues pour une bonne partie.

à suivre

Photo 1 : Reinhold et George Forster par Jean François Rigaud, peint à Londres en 1780 © National Portrait Gallery, Canberra.
Photo 2 : Vitrine d’objets des Tonga de la Collection Forster au Pitt Rivers Museum, photo de l’auteure, oct. 2016.

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