Des collections perdues ? – 7

1entree-boulterianum

Daniel Boulter (1740-1802) était un antiquaire, collectionneur boulimique de curios et choses exotiques. Il ouvrit un musée au public en 1778 dans la ville de Yarmouth. Sa collection des mers du Sud comprenait 118 entrées et il est intéressant de noter que les objets provenaient uniquement de pays visités par les expéditions Cook.(1) (ci-après 2 pages du catalogue du Museum Boulterianum vers 1794, consacrées aux artefacts des mers du Sud)

Catalogue-Boulter
Malheureusement dans ses années de recherches sur les collections « Cook », A. L. Kaeppler admet n’avoir pu localiser qu’une seule pièce (2) qui pourrait être mise en relation avec cet ancien musée.
Il s’agit d’une petite figure hawaiienne (30,7cm) conservée au Saint Louis Art Museum appelée Akua ka’ai (N° inventaire 1532 : 1983).

2saint-louis-hawaii-face
Est en effet inscrite au dos à l’encre noire la mention « Sandwich Is. Got from Mr. Boulter« . La traçabilité de la pièce est relativement aisée (3) :
Un certain Richard Cuming (4) acquit cette pièce en 1850.
En 1902, le testament d’Henry Cuming (le fils de Richard qui avait aidé son père à monter une importante collection) stipulait l’obligation de présenter l’intégralité de cette collection : le musée Cuming vit le jour en 1906. Malheureusement celui-ci fut fermé pendant près de 20 ans et bombardé lors de la seconde guerre mondiale ; on pense néanmoins qu’une grande partie de la collection avait été empaquetée et mise à l’abri. Celle-ci était alors gérée par les bibliothécaires de la St Mary Newington Library et dans les années 40, ils furent approchés par le collectionneur et marchand Kenneth A. Webster (5). Ce dernier achetait pour le compte du gouvernement neo-zelandais et pour lui même. Le testament de Cuming précisait qu’il était opposé à toute dispersion de sa collection, néanmoins Webster parvint à acquérir un certain nombre d’objets : des pièces importantes d’Hawaii et pratiquement toute la collection maorie.
Durant cette période et jusqu’en 1959 date de réouverture du musée, d’autres collectionneurs ont approché les bibliothécaires et de nombreux objets sont sortis. (Des pièces du Cuming museum feraient actuellement l’objet d’accords de rapatriation).(6)
Quoiqu’il en soit, Webster acquit cette petite figurine entre 1946 et 1948 et la vendit en 1948 à James Thomas Hooper. Elle se retrouva à la vente Hooper de 1977 et fut acquise par Morton D. May. En 1983, elle fut donnée au Saint Louis Art Museum.

3Richard-Greene-Museum-Lichfield

Richard Greene est aussi un collectionneur qui a compté dans l’histoire des collections « Cook ». Né en 1716, ce chirurgien apothicaire est devenu un antiquaire amateur et un éditeur indépendant dans la petite ville de Lichfield. C’est là qu’il se consacra principalement à ses collections à partir de 1748 et jusqu’à sa mort.
Greene était un antiquaire excentrique, la renommée de son musée était extraordinaire et le public affluait pour le visiter !
Tous ses objets étaient numérotés, et Greene publia des catalogues de ses collections : le premier fut imprimé en 1773, avec une dédicace à Ashton Lever, puis il y eut deux autres versions, en 1782 et 1786.(7)
L’un de ses objets devenu l’attraction la plus célèbre de son musée était une horloge musicale. Elle avait la forme d’une tour d’église gothique médiévale et jouait cinq airs dont un menuet de Handel.
Sur le seul dessin intérieur du museum que l’on possède (cf. ci-dessus), on peut distinguer au premier plan de nombreux artefacts polynésiens.

Catalogue-Yate

Greene est décédé à Lichfield le 4 juin 1793 mais après sa mort, son fils a cassé la collection et a vendu la plupart des objets à divers collectionneurs. Néanmoins on garde la trace de la vente des armes et armures à William Bullock, qui les a exposés dans son Hall égyptien. En 1800, des objets ont été vendus à Walter Honeywood Yates de Gloucester, qui a fait de nombreux ajouts, et en 1801 a imprimé un nouveau catalogue de sa collection (8).(cf. photo ci-dessus).
En 1805 ce dernier museum fut acheté par Richard Wright le petit fils de Greene qui le ramena à Lichfield.
Wright mourut en 1821 et ce qui restait fut vendu aux enchères.
A. L. Kaeppler qui donne ces informations (resp. 2011 et 2015), reconnait qu’elle n’a pu trouver aucune trace des objets ayant appartenu aux collections ce fabuleux musée.

à suivre

Notes :
1. Voir les pages 77 à 80 du Museum Boulterianum. A catalogue of the curious and valuable collection of natural and artificial curiosities in the extensive museum of Daniel Boulter, Yarmouth :…, Gale Ecco, Print Editions (Reéd. 2010). Consultable sur le site de la National Library of Australia.
2. Kaeppler, 2015, p.279.
3. Cf. Notice du musée de Saint-Louis.
4. qui est un acheteur de la vente de 1806 (voir article à venir).
5. Kaeppler, 2011, p.98.
6. Le Cuming Museum existe toujours mais est actuellement fermé.
7. Kaeppler, 2015, p.277 pour la liste d’artefacts.
8. Kaeppler, 2015, p.278 et Yate W. H., 1801, A concise and Descriptive Catalogue of All the Natural and Artificial Curiosities in the Museum of W. H. Yate Esq. at Bromesberrow-Place near Glocester : being the extensive and valuable collection of the late Dr. Greene, of Lichfield, with many additions consultable sur le site de la Yale University Library.

Rappels :
Kaeppler A. L., 2011, Holophusicon, the Leverian Museum : an eighteenth-century English institution of science, curiosity, and art, Bishop Museum Press.
Kaeppler A. L., 2015, « From the South Seas to the world » in Coote J. (ed.), Cook Voyage Collections of « Artificial Curiosities » in Britain and Ireland, Museum ethnographer Groups. P.256-298.

Photo 1 : Billet d’entrée au Boulterianum Museum.
Photo 2 : Pages du catalogue du Museum Boulterianum daté entre 1793 et 1797 sur le site de la National Library of Australia.
Photo 3 : Figure d’Hawaii © Saint Louis, Museum of Art 1532 :1983
Photo 3 : View of Mr. Green’s Museum at Lichfield. Gravure d’après un dessin de Mr. Stringer publié dans The Gentleman’ Magazine, octobre 1779. © The Bodleian Library, University of Oxford.
Photo 4 : Page du catalogue du museum de W. H. Yate, 1801 sur le site de la Yale University Library..

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