Lapita

Poterie carénée aplanie – © Centre culturel du Vanuatu, Port Vila.

J’ai rarement évoqué la culture Lapita au cours de ce blog ces dernières années, malgré son importance, tant le sujet est complexe et laisse place périodiquement à de nouvelles découvertes archéologiques qui bouleversent rapidement les connaissances fraichement acquises. Cette tradition céramique appelée du nom du site 13 de la plage de Foué en Nouvelle-Calédonie, fouillé en 1952, constitue un marqueur unique en son genre : un type de poterie décorée de motifs pointillés complexes qui pose des jalons quant au premier peuplement austronésien du Pacifique Sud- Ouest.

Mais la culture Lapita ne se borne pas à une tradition céramique. Elle coincide avec d’autres processus : l’introduction d’animaux domestiques (cochon, chien, gallinacée), l’apparition de gros villages et la construction de bâtiments sur pilotis, l’émergence de nouveaux types d’herminettes en pierre, et, plus que tout, témoigne de l’expansion du peuplement vers l’Est.

Distribution_sites_lapita

Vers 1350 av J.-C., on note ainsi l’arrivée d’un groupe de population de langue austronésienne originaire d’Asie insulaire dans les îles de l’archipel Bismarck, puis vers 1100-1000 av J.-C., des communautés Lapita s’établissent au Vanuatu, en Nouvelle-Calédonie et à Fidji. Enfin, vers 950-850 av J.-C., les  Lapita atteignent les Tonga et les Samoa, qui marquent la limite géographique de leur expansion.

En 2004, la découverte du cimetière Lapita de Téouma au Vanuatu a permis de comprendre certains rituels funéraires. En effet, les archéologues se sont aperçus que le crâne et souvent d’autres os avaient été enlevés des sépultures. Les dépouilles étaient accompagnées de pots Lapita et de coquillages ; certaines poteries semblent avoir servi à marquer l’emplacement des tombes, mais d’autres ont été utilisées comme réceptacle d’os humains. Ainsi, le crâne d’une femme a-t-il été découvert à l’intérieur du pot (photo 1), lui-même possédant un couvercle à fond plat décoré (détail sur la photo suivante).

couvercleteouma

Les archéologues ont remarqué la proximité des pratiques funéraires observées à Téouma avec des traditions existant dans les îles d’Asie du Sud-est au Néolithique à une période contemporaine ou légèrement antérieure à Lapita. D’autre part, et plus récemment, l’héritage Lapita, en termes de styles, perdure. On les retrouve par exemple dans les structures graphiques de tapa des Fidji et plus généralement de la Polynésie occidentale. 

tapa-tonga

Bref, un sujet important et passionnant pour l’histoire commune des peuples du Pacifique et dont on pourra trouver de précieuses et précises informations :

  • Dans Le Dossier de Presse de l’exposition Lapita qui s’est tenue au musée du Quai Branly Jacques-Chirac fin 2010.
  • Dans le livre d’Arnaud Noury et Jean-Christophe Galipaud : Les Lapita. Nomades du Pacifique, et téléchargeable.

Photo 1 : Photo de l’auteure, exposition Lapita, Musée du Quai Branly – Jacques Chirac 2010.
Photo 2 : Distribution des sites Lapita in Kirch P. V., 2002, On the Road of the Winds, University of California Press.
Photo 3 : Détail d’un plat servant de couvercle à la poterie (photo 1), photo de l’auteure.
Photo 4 : Matrice à décors de tapa, Tonga © Musée du Quai Branly – Jacques Chirac 2010, photo de l’auteure.

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