
L’ethnologue suisse Paul Wirz est une figure bien connue des passionnés de la Nouvelle-Guinée. Ses premières recherches l’ont mené dans l’ex-Irian Jaya, où il a notamment étudié les Marind-Anim entre 1916 et 1919, période durant laquelle il a recueilli de nombreuses photographies de ces peuples. En 1921, il a travaillé auprès des Dani, avant de séjourner deux fois dans la région du lac Sentani, en 1921 et 1926.
C’est un peu plus tard que nous le retrouverons dans le Golfe de Papouasie, en 1930, et notamment chez les Gogodala. Enfin au tournant du milieu de 20ème siècle, en 1949-1950, il voyagera dans les Hautes Terres, sur le Sepik et dans la région de Maprik. C’est pour cette dernière période que j’avais évoqué cet ethnologue (Ethnologie bâloise : Alfred Bülher et Paul Wirz) et que j’avais notamment fourni l’article de Virginia Lee-Webb : « Photographies de Nouvelle-Guinée par Paul Wirz » de Virginia-Lee Webb (in Art Tribal 2, 1995) qui déborde largement le cadre des photographies du Golfe mais qui n’en demeure pas moins passionnant !

Ce préambule nous montre en effet que la région du Golfe ne fut pas pour Paul Wirz le terrain de nouvelles études approfondies, mais l’occasion de quelques photographies, parfois témoins de ses collectes. Ainsi en est-il du cliché ci-dessus, du grand masque situé juste à la droite du personnage (actuellement conservé dans les collections du TropenMuseum) et de la planche votive placée au milieu de la photographie (au Brooklyn Museum). Cf. ci-dessous.


Mais ne boudons pas notre plaisir, au cours de ses quarante années de voyages, Paul Wirz a réalisé tout de même près de 10 000 photographies. La majeure partie de ces images est aujourd’hui conservée au musée des Cultures de Bâle , tandis que d’autres se trouvent dans sa maison de Reinach ou encore dans des institutions telles que le Metropolitan Museum of Art. Ces clichés ont été largement reproduits et ont fait l’objet de nombreuses études, parmi lesquelles on peut citer « In search of « men of Nature » : Paul Wirz’s photography in New Guinea, 1916-1955″.

Quand on regarde quelque peu les sujets de ses photographies, Paul Wirz semble plus particulièrement intéressé par les hommes des sociétés qu’il rencontrait, et ce notamment dans ses collections de photographies sur les Marind -Anim. Ces ensembles de portraits sont fascinants.

Dans le Golfe et plus particulièrement sur la Fly River, Wirz note que ses habitants avaient pour habitudes de sortir les planches votives de la maison longue et de les fixer sur leurs pirogues comme ornements de poupe. Celles-ci ayant ainsi un fonction protectrice. (cf. cliché ci-dessus).
À la suite de Paul B. de Rautenfeld, il photographie également une étonnante figure de Iriwake à l’entrée d’une maison longue dans le delta de la rivière Era. Très différente de la sculpture aux bras levés de la collection Seaman, richement parée, elle ressemble à un mannequin anthropomorphe, gardien de la maison longue, tenant un arc et une flèche.


On le voit sur la carte, en cette année 1930, Paul Wirz balaye un large spectre géographique du Golfe. Il photographiera naturellement les grands masques des maisons longues.
Dans la région de la rivière Era, et plus généralement dans le delta du Purari, les masques différent un peu des masques des Elema évoqués récemment (Hevehe, Kovave et Eharo). Les grands masques sont appelé Heveke et ressemblent aux Hevehe (ci-après à gauche, cliché pris dans la région de Kaimari, delta du Purari). On leur encore le nom de Aiaimunu. Ils auraient eu un rôle nourricier.
Un second type de masque appelé Kaniku possède une tête arrondie recouverte de vannerie et de longues mâchoires ouvertes. Ces masques seraient apparus dans les régions du delta central pour faire respecter les tabous lors des cérémonies. Certains auraient pu être portés par les jeunes garçons lors des initiations dans certaines circonstances.
Enfin, un troisième type existe, plus rare et appelé Ubudubu (photographié par P. Wirz ci-après cliché de droite). Il semble que ce masque imposait une sorte de discipline dans la maison longue par la menace de la maladie.


Enfin, Paul Wirz a laissé aussi quantité de dessins. Ainsi dans la région Gogodala, a-t-il précisément reproduit les masques étonnants de ces populations, images illustrant l’ouvrage Die Gemeinde der Gogodára publié à Leyde en 1934.

La documentation que Paul Wirz laisse est considérable et je regrette de ne pas être germanophone pour poursuivre convenablement ces quelques recherches…
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