À faire dresser les cheveux sur la tête

Masque-bougainville

Il y a une semaine, un masque incroyable était sorti des réserves du musée du Quai Branly après avoir fait l’objet d’un travail de restauration de la part de Laurent Caputo et était présenté au salon de lecture Jacques Kerchache par Nicolas Garnier, responsable de collections Océanie au musée.
Un moment passionnant autour de cet objet rare et étonnant !
Si l’on sait qu’il provient du Nord de l’île de Bougainville et qu’il fût collecté par Patrick O’Reilly, on ignore cependant beaucoup de choses à son sujet. Voici quelques uns des nombreux éléments et pistes que nous a donnés Nicolas Garnier suite à ses recherches notamment dans les archives de Rome, lesquelles vont se poursuivre prochainement sur le terrain mélanésien… à suivre donc.
Rome parce que O’Reilly était un prêtre mariste. Celui-ci avait reçu via Paul Rivet, directeur du Musée de l’Homme, une bourse du CNRS afin d’effectuer des recherches à Bougainville en vue de sa thèse. C’est ainsi que durant sa mission 1934-1935, il collecta pour le compte du Musée de l’Homme plus de
2 000 objets !(Jean Guiart parle de 4000 ?)

Livre-o-reilly

Quoi qu’il en soit 921 artefacts sont actuellement répertoriés au musée du Quai Branly, 350-400 au musée du Vatican. Il donna aussi beaucoup d’objets au musée de la Neylière, qu’il créa en 1971 avec Claude Dessirier dans un sanctuaire de la Société de Marie, dans les monts du Lyonnais. Enfin, il possédait aussi une collection personnelle.
Bref une collection un peu dispersée et parfois peu ou pas documentée… et malheureusement c’est le cas pour ce fameux masque !
Néanmoins sur place, O’Reilly va réaliser ce qui sera l’un des premiers films ethnographiques français : Bougainville. À la fin de la projection qui nous est faite au Salon Kerchache, on peut voir apparaître ce fameux masque dans le cadre de l’initiation des jeunes hommes.

Bougainville-o-reilly

Comment en savoir plus sur ce rituel qui n’est plus pratiqué depuis la seconde guerre mondiale ?
Il existe une autre personne-source, une ethnologue, à être en mission à Bougainville en cette première moitié du XXème siècle ; il s’agit de Beatrice Blackwood (évoquée il y a peu sur le blog) qui arriva en 1929 sur les îles de Buka et Bougainville.
Restée 18 mois, elle étudia tous les aspects de la vie locale et fit une importante collecte d’objets ethnographiques : elle en donna plus de 400 au Pitt Rivers Museum quand elle revint à Oxford.
En 1935, elle publia Both sides of Buka Passage.

Both-sides-buka

Bien que basée essentiellement sur Buka, Béatrice Blackwood décrit des cérémonies d’initiation très proches de ce qui devait se passer sur Bougainville, ce qui éclaire beaucoup les images d’O’Reilly.
Ce masque représenterait un esprit ancestral Urar qui « tue » symboliquement les initiés. Dans la première phase Wapi de l’initiation, on place ces coiffures Upi (ou Upé) en forme de dôme sur leur tête, de manière à laisser leurs cheveux pousser.

71.1934.188.1390.1-2

Il faudra encore deux phases d’initiation dont la levée des tabous, pour que l’on parvienne à la coupe des cheveux qui sont devenus longs et qui permettront de confectionner un nouveau masque.
Il y a bien sûr beaucoup de questions sur ces Urar et plus largement autour de tout un monde imaginaire qui se construirait autour du cheveu. En 1951, le père Paul Montauban publia un recueil sur des mythes de Buka. Ceux-ci parlent d’un curieux personnage, une sorte de singe, le Totopiok qui est toujours dessiné et par Somuk, un auditeur du Père Montauban et par Tsimès, le cuisinier-chasseur, avec un système pileux et une chevelure extravagants. Peut-on en tirer des informations ?

Bref, encore beaucoup de mystères autour de cette oeuvre incroyable que nous espérons bien voir exposée sur le plateau des collections.
Pour en savoir plus, écouter la captation de cette rencontre

Totopiok
.

Photo 1 : Masque de Bougainville © Musée du Quai Branly – 71.1934.188.1263 – Photo de l’auteure. novembre 2016.
Photo 2 : Extrait de Séjours à Bougainville, Iles Salomon – 1934-35 Album manuscrit illustré d’environ 550 photographies.
Photo 3 : Extrait du film Bougainville. Source : Comité du film ethnographique.
Photo 4 : Extraits de l’ouvrage Both sides of Buka Passage de Beatrice Blackwood, 1935.
Photo 5 : Coiffe Upe © Musée du Quai Branly – 71.1934.188.1390.1-2
Photo 6 : Dessin de Totopiok par Somuk in Mythes de Buka. Iles Salomon © Paul Montauban Patrick O’Reilly – Journal de la Société des océanistes, 1952 – Volume 8

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