Mise en valeur

Machoire-cochon-vanuatu

Intéressante rencontre ce week-end au salon de lecture Kerchache du musée du Quai Branly.
Elle s’inscrivait dans le cadre de l’installation d’une vitrine conçue avec les étudiants boursiers du département de la recherche sur le thème « Valeur et Matérialités ».
Cette démarche originale et intelligente consiste en la réalisation d’une « mini » exposition accompagnée de la rédaction d’un livret bref mais éclairant sur le thème de la valeur en anthropologie et plus précisément sur celle des pièces soigneusement choisies pour la vitrine.

Télécharger le Livret

 

Bilum

Je l’évoquais déjà dans un très bref article de décembre 2007, la question de la valeur est un sujet fort complexe puisque c’est une notion à la fois subjective et objective, liée à des objets qui circulent (ainsi acquièrent-ils une valeur) ou précisément qui ne circulent pas (possessions inaliénables…).
Cette notion de valeur est aussi liée au statut des propriétaires des biens, à celle du don puisqu’il s’agit pour les individus d’entretenir constamment leur prestige au moyens de dons ostentatoires, loin de se montrer accapareurs.
Ces biens acquièrent justement une valeur par la générosité de leur propriétaire. Ainsi, si « la monnaie est l’invention de l’anonymat », les biens de valeur sont au coeur des relations interpersonnelles.

Kula-proue-pirogue

Joel Robbins, professeur d’anthropologie de Cambridge et invité du musée du Quai Branly, avait fait travailler cet automne les étudiants sur ces questions, et plus précisément je crois, sur les travaux de Nancy Munn à travers son ouvrage de 1886 The Fame of Gawa : A Symbolic Study of Value Transformation in a Massim Society.
S’il n’y a pas d’objets des îles Salomon exposés dans la vitrine, il y a des objets du Vanuatu (ce qui a trait aux cochons et une natte d’Ambae), de Milne Bay (pour la mention aux échanges Kula) et de la province de Morobe. C’est dans cette dernière région que l’anthropologue Françoise Girard avait mené une mission dans les années 1954-55 pour le compte du musée de l’Homme et avait ramené bon nombre de clichés mais aussi quelques objets notamment des Buang. Parmi eux le bâton à déterrer les ignames et le sac en ficelle orné de mâchoires d’opossums qu’on peut remarquer dans la vitrine : des objets du quotidien réellement intriqués dans les relations sociales.

Femme-buang

Tous ces objets prouvent s’il en était besoin, la relation qu’entretiennent valeur et échange dans la vie sociale puisque c’est bien l’échange qui créé ici la valeur.
Pour aller plus loin, il nous faut relire le célèbre mais difficile texte d’Arjun Appadurai : « Commodities and the politics of value », introduction de l’ouvrage The Social Life of Things: Commodities in Cultural Perspective paru en 1988.

Télécharger le texte Commodities and the politics of value

et sa traduction par Jean-Pierre Warnier parue en 2009 :

Télécharger Les marchandises et les politiques de la valeur

Photos 1 à 3 de l’auteure, Salon Kerchache, décembre 2016.
Photo 4 : Femme Buang portant une charge dans un filet sur le dos – Photo de Françoise Girard © Musée du Quai Branly – 70.2004.41.198.

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