De la vallée de la Baliem à la salle Piette ou vice-versa

Baliem-parures

Comment franchir 15 000 ans et presque 15 000 kms rapidement ? En se rendant au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye… Première visite pour l’Association Détours des Mondes il y a 6 ans déjà ; c’était à l’occasion du « retour du cinquième continent » à savoir l’Océanie, et plus précisément la Papouasie occidentale à travers la présentation de séries ethnographiques données au musée par Pierre et Anne-Marie Pétrequin.
Après l’introduction aux arts eskimos réalisée par Anthony Meyer le mois dernier, nous étions également nombreux à souhaiter voir ou revoir la fameuse salle Piette du musée qui renferme une fabuleuse collection d’objets mobiliers préhistoriques.

Salle-piette
Ces derniers ont été pour la plupart découverts (achetés pour certains) par Édouard Piette lors de fouilles dans les Pyrénées. La célèbre Dame à la Capuche ou « vénus » de Brassempouy y est notamment exposée. La scénographie est impressionnante car inchangée depuis le XIXe siècle.
Ces objets entraient naturellement en résonance (tout au moins plastiquement) avec ce que nous avions découvert dans les cultures Ekven, Koniag-Aleut, Okvik, Dorset, Punuk, Ipiutak et Thule qui nous avaient été présentées.

Haches-herminette-baliem

Mais revenons aux vitrines océaniennes : ce qu’elles nous permettent d’appréhender, c’est comment au-delà de la technique, les objets s’inséraient dans des pratiques sociétales dont nous avons évidemment perdu la connaissance pour ce qui concerne le néolithique occidental.
Ainsi, il y a peu, dans la vallée de la Baliem, de longues lames de pierre n’étaient pas réservées à leur utilisation pour des haches ou des herminettes mais entraient dans le circuit des paiements lors de mariages ou de décès, de cérémonies de rétablissement de paix. Les haches d’échange, appelées Ye-Yao, étaient souvent ornées de fibres d’orchidée tressée, de fourrure de marsupial arboricole. Elles côtoyaient les offrandes de porcs, les coquillages et les filets des femmes.
Femmes-yali
Chez les Dani, certaines de ces lames étaient même devenues inaliénables dans la mesure où elles avaient été détournées des échanges pour entrer définitivement dans le domaine des rituels.
On pourra revoir les 3 films des Pétrequin qu’on peut visionner via mon article de 2014 : Yeleme – La hache de pierre polie en Nouvelle-Guinée – Anne-Marie et Pierre Pétrequin
Que ce soit les pains de sel ou les poteries, ceux-ci n’étaient pas utilisés exclusivement dans le cadre d’un usage alimentaire mais entraient aussi dans les circuits d’échanges. Il en était de même pour les filets des femmes qui n’étaient pas seulement des outils de transport mais qui avaient beaucoup de valeur.
Bref, un beau voyage dans le temps et l’espace qu’offre ce musée de Saint-Germain, sans parler de toutes les autres salles que nous n’avons pas eu le temps de découvrir.
À lire l’ouvrage-catalogue de la donation Anne-Marie et Pierre Pétrequin publié en 2006 par le Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye : Objets de pouvoir en Nouvelle-Guinée : approche ethnoarchéologique d’un système de signes sociaux par Anne-Marie et Pierre Pétrequin ; avec la collaboration d’Olivier Weller ; préface de Patrick Périn. Une somme extraordinairement riche !

Photos 1 et 3 de l’auteure au MAN.
Photo 2 sur le site Hominides.com
Photo 4 © P. & A.-M. Pétrequin

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :