La société Tubuan des Tolai

Parkinson_dukduk
La reprise d’une très ancienne présentation sur les masques de Nouvelle-Bretagne, la semaine dernière, au sein de l’association Détours des Mondes, m’incite à reproduire ici quelques fragments de celle-ci, non publiés sur le blog.
Lorsqu’on commence à s’intéresser aux arts de Papouasie-Nouvelle-Guinée et plus spécialement à l’archipel Bismarck, on « tombe » sur l’incontournable ouvrage de Richard Parkinson : Thirty Years in the South Seas, Land and People, Customs and Traditions in the Bismarck Archipelago and on the German Solomon Islands, traduction anglaise de 1999 par Crawford House Publishing de l’original paru en 1907 en allemand. J’ai bien souvent évoqué Richard Parkinson dans ce blog par exemple dans l’article sur Queen Emma et publié certaines de ses photographies issues de ce livre.
Celle qui est présentée ici, très célèbre, intrigue de par la composition des figurants… Un cadavre assis sur son lit funéraire, est entouré de deux masques incroyables, des tubuan, en position de repos près du défunt. Derrière lui se tient un homme portant une couronne de coquillages, un loloï, et trois autres sont encore suspendues à la maison. L’assistance nombreuse, essentiellement composée d’hommes au premier plan, pose pour la photographie.
Cette cérémonie funéraire a lieu chez les Tolai, un peuple du Nord de la Nouvelle-Bretagne, des îles d’York et probablement en provenance du sud de la Nouvelle Irlande. L’une de leurs sociétés de masques, Tubuan, tire certainement son origine de la région de Kandas en Nouvelle-Irlande. Les loloï, ces couronnes constituées de milliers d’une certaine espèce de nassa, seront dépaquetés à l’issue des funérailles. Les longueurs de rotin qui supportent ces petites coquilles sont une monnaie traditionnelle appelée Tabu (ou Tambu), utilisée encore de nos jours. Les Tabu seront distribués aux masques Tubuan et aux personnes présentes en fonction de leur proximité de parenté avec le défunt et de leur statut.
Duk-duk-1902
Ces masques consistent en un corps fait d’une robe de forme sphérique composée de feuilles de rotin vertes et d’une coiffe conique où sont dessinés de grands yeux ronds en spirales et une grande bouche. Ceux-ci, peints en blanc sur un fond noir, doivent être réalisés parfaitement. En effet, la perfection est requise, dans la mesure où le masque incarne l’âme du défunt et se doit d’être beau pour être efficace afin d’accueillir cette « âme ». Chaque masque, unique et dont les motifs sont protégés par copyright, est contrôlé par un initié de la société masculine Tubuan.
Autrefois, cette société fonctionnait comme un organisme justicier et le masque était considéré comme dangereux. De nos jours on peut toujours payer des amendes en monnaie de coquillages si l’on ne respecte par certains interdits posés par la société.
Les masques craints étaient les masques-mères, les Nantoi. Paradoxalement, les chefs rituels s’identifiaient à ces masques à connotation pourtant féminine, mais qui demeuraient les plus puissants de par leur pouvoir reproducteur. Leurs « poussins », les duk-duk, quant à eux n’étaient pas dangereux. Ces derniers étaient formellement distingués de leurs mères par l’absence d’yeux : leur tête n’était qu’un grand cône effilé de couleur, surmonté d’un plumet de feuilles.
Cette société gallinacée féconde, génésique, devait probablement apparaître comme un modèle social pour des hommes qui souhaitaient « engendrer » d’autres hommes.

Les masques arrivaient de la mer car la haute mer était considérée comme le lieu des ancêtres et plus généralement celui des hommes.
De nos jours cette mise en scène est toujours respectée avec le Kinavai (l’arrivée des pirogues) lors du festival annuel de Kopoko.
Ce sont alors les masques koropo qui arrivent, ressemblant à leur mère nantoi, mais plus légers et plus décorés. Ce sont eux qui dansent dans les festivals modernes.

Dukduk1100-mer
8-kinavai

Selon le très intéressant article de Hirokuni Tateyama, « Ritual of Superiority: Tolai Tubuan Performance at the National Mask Festivalin Papua New Guinea » in Journal de la Société des Océanistes, 2016 (à consulter en ligne), ce dernier affirme que les festivals culturels n’existent pas simplement à des fins de revendications des identités autochtones ni pour le plaisir des touristes.
Ils constitueraient plutôt des lieux de développement de stratégies par lesquelles certains groupes chercheraient à promouvoir leur position dans un environnement socio-politique de plus en plus élargi. Ainsi conclut-il quant à la « supériorité » Tolai : « les relations socio-politiques entre les interprètes et le public, puis ces significations, sont imposées à la réalité sociale à travers le processus de représentation ».
À regarder donc de plus près et avec d’autres yeux…

Photo 1 : © Richard Parkinson, 1907.
Photo 2 : © Heinrich Fellman, 1902.
Photo 3 : © Richard Parkinson, 1907.
Photo 4 : © Chantal Pasquet, 2018.

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