Dumont d’Urville à la conquête du pôle Sud – L’exploration australe (1837-1840)

Dumont d’Urville par Jérôme Cartellier, 1846 © Musée d’Histoire de Versailles

Huit ans après son retour triomphal de L’Astrolabe, Dumont d’Urville songe déjà à repartir. Il lui faudra pourtant attendre 1837 pour obtenir enfin le feu vert royal — et cette fois, ce n’est plus le Pacifique tempéré qu’il vise, mais les glaces du pôle Sud.

Le projet initial de cette nouvelle expédition est une simple circumnavigation. Mais le contexte change vite : la France apprend que le Britannique James Clark Ross et l’Américain Charles Wilkes préparent eux aussi des expéditions vers les mers australes. Dumont d’Urville obtient alors mission d’aller plus loin, de pousser vers le sud aussi loin que la banquise le permettra. Le roi Louis-Philippe lui adjoint un second navire, La Zélée, confié à son fidèle second Charles Hector Jacquinot.

À bord se trouve Louis Le Breton, embarqué initialement comme aide-chirurgien. Il va cependant seconder le dessinateur officiel de l’expédition Ernest Goupil puis devenir le dessinateur officiel de la mission après le décès de Goupil en janvier 1840 à Hobart. On leur doit un remarquable témoignage graphique que j’ai déjà évoqué dans cette note.

Les deux corvettes quittent Toulon début septembre 1837. Elles traversent l’Atlantique, longent le détroit de Magellan, puis tentent de s’enfoncer dans la banquise en suivant la route que Cook lui-même avait dû abandonner soixante ans plus tôt. Cette première tentative, en janvier-février 1838, se solde par un échec relatif : les glaces bloquent l’expédition à 63° ou 64° de latitude sud, bien loin de l’objectif.

Les corvettes bloquées dans les glaces de la banquise, 7 et 8 Fevrier 1838, dessin d’E. Goupil; lith. par Léon J.-B. Sabatier © National Library of Australia digitised item

Après s’être extirpé des glaces, Dumont d’Urville passe par le détroit de Magellan et cartographie de nouvelles terres (la terre Louis-Philippe ( en fait Terre de Graham) et l’île Joinville), puis remonte vers l’Amérique du sud. L’expédition atteint les côtes chiliennes et mouille à Talcahuano le 6 avril 1838, une escale pour soigner les équipages éprouvés par le scorbut et le froid. La flottille rejoindra ensuite le port de Valparaíso le 24 mai 1838— non sans essuyer plusieurs désertions.

Dumont d’Urville profite de cette « parenthèse » d’hiver austral pour reprendre, le temps de deux ans, le fil de ses explorations pacifiques : les Marquises, Tahiti, les Samoa, les Tonga, les Fidji, les îles Salomon, les Carolines, la Nouvelle-Guinée, puis l’Indonésie et la côte ouest de l’Australie, avant une escale à Hobart, en Tasmanie.

C’est lors de cette dernière escale, en décembre 1839, que Dumont d’Urville apprend deux nouvelles cruciales qui bousculent ses plans : L’ Américain Charles Wilkes est déjà dans la région avec sa flotte et s’apprête à faire voile vers le Sud et les Britanniques James Clark Ross et Francis Crozier ont quitté l’Angleterre en octobre 1839 dans le même but. Dumont d’Urville décide d’écourter le repos de ses hommes, et le 2 janvier 1840, il lève précipitamment l’ancre depuis Hobart pour devancer ses rivaux.

Découverte de la Terre Adélie, le 20 janvier 1840, dessin de Louis Le Breton Atlas pittoresque, planche 168

Le 20 janvier au soir, la terre est enfin aperçue : une côte de hautes montagnes couvertes de neige. Le lendemain, au milieu d’un dédale d’icebergs, des officiers repèrent des îlots rocheux dégagés de glace. Dumont d’Urville, retenu à bord, délègue l’honneur du débarquement au lieutenant Eugène du Bouzet . Ce dernier plante le drapeau français et prend officiellement possession du territoire au nom de la France. Celui-ci reçoit le nom de Terre Adélie, en hommage à l’épouse de Dumont d’Urville, Adèle.

Quelques jours plus tard, les deux navires longent toute une journée ce qui ressemble à une véritable muraille de glace, que Dumont d’Urville prend pour une nouvelle portion de continent et baptise côte Clarie ( en hommage à Claire-Fortunée Roze, l’épouse de Charles Jacquinot). La nature exacte de cette « côte » restera longtemps incertaine (en fait une immense avancée glaciaire qui s’est fragmentée – aujourd’hui, le secteur correspondant à la côte Clarie fait partie de la terre de Wilkes).

Découverte de la côte Clarie, le 26 janvier 1840, dessin de Louis Le Breton Atlas pittoresque, planche 173

L’expédition rentre en France en 1840, après trois ans et deux mois de mer. Au-delà de la découverte géographique, elle rapporte une masse considérable d’observations sur la faune, la flore et les glaces polaires, ainsi que des données destinées à la détermination du pôle magnétique austral — l’un des objectifs scientifiques du voyage.

Ce sera la dernière grande expédition de Dumont d’Urville. Son nom reste aujourd’hui attaché à l’Antarctique, à travers la Terre Adélie et la base scientifique française qui porte son nom.

Carte de l’Antarctique, traité de 1959 © HG ODYSSEE.


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