
Après avoir servi Duperrey comme second sur La Coquille, Dumont d’Urville obtient enfin son propre commandement. Signe des temps et de l’irritation qu’il avait ressentie à voir tous les honneurs du premier voyage revenir à son capitaine : c’est cette même Coquille qu’il rebaptise. Elle devient L’Astrolabe, du nom d’un navire de La Pérouse, perdu corps et biens dans le Pacifique en 1788.
Le programme fixé à Dumont d’Urville est ambitieux : reconnaître les côtes encore mal connues du Pacifique — Nouvelle-Irlande, Nouvelle-Bretagne, Nouvelle-Guinée — et, si possible, retrouver enfin la trace de La Pérouse, disparu depuis près de quarante ans sans que personne n’ait pu établir son sort.
L’Astrolabe quitte Toulon fin avril 1826, cap sur le cap de Bonne-Espérance. Le voyage se poursuit vers l’Australie, puis la Nouvelle-Zélande, où Dumont d’Urville effectue un relevé des côtes complétant celui de James Cook, réalisé plus d’un demi-siècle auparavant. L’expédition parcourt ensuite les Tonga, les Fidji, les îles Loyauté, avant d’explorer en profondeur les côtes de Nouvelle-Guinée.

À bord, l’équipe scientifique est resserrée : le botaniste Pierre-Adolphe Lesson — frère de René-Primevère Lesson, embarqué quatre ans plus tôt sur La Coquille — et les deux chirurgiens-naturalistes Jean-René Quoy et Joseph Paul Gaimard se partagent l’histoire naturelle. Le séjour de trois mois en Nouvelle-Guinée est particulièrement fructueux : c’est là qu’est découvert un immense papillon bleu-vert, baptisé *Ornithoptera urvilliana* en l’honneur du commandant. En Nouvelle-Zélande, les Européens aperçoivent pour la première fois un kiwi, tandis que les pirogues et la culture maories font l’objet d’études et de dessins détaillés notamment réalisés par Louis Auguste de Sainson.

C’est en décembre 1827, lors d’une escale en Tasmanie, que Dumont d’Urville apprend la nouvelle qui va donner tout son sens au voyage : un capitaine anglais, Peter Dillon, a identifié à Tikopia des objets provenant des navires de La Pérouse. L’Astrolabe met aussitôt le cap sur l’archipel de Santa Cruz.
À Vanikoro, l’équipage découvre, à douze ou quinze pieds de profondeur, des ancres, des canons, des boulets, des plaques de plomb prises dans le corail — les vestiges incontestables du naufrage de La Boussole et de L’Astrolabe de La Pérouse. Dumont d’Urville fait ériger un monument à la mémoire de l’explorateur et de ses compagnons. L’épave de La Boussole elle-même ne sera formellement identifiée que dans les années 1960 !

Au-delà des collections naturalistes, l’expédition rapporte aussi une quantité importante d’objets ethnographiques, collectés au fil des escales. Parmi ces pièces, plusieurs colliers en coquillages fidjiens, sont aujourd’hui conservés dans les collections du musée du quai Branly — Jacques Chirac. Ces colliers à plusieurs coquilles, rares dans les récits de voyage de l’époque (qui décrivent le plus souvent une coquille unique portée en pendentif par les chefs), témoignent des échanges que l’équipage a pu nouer avec l’aristocratie locale, en particulier autour de l’archipel des Lau et des Tonga voisines.

L’Astrolabe rentre à Marseille après 35 mois de mer, fin février 1829. Le bilan humain est lourd : douze morts, quatorze malades débarqués en cours de route, trois déserteurs — un équipage épuisé par le paludisme et la dysenterie. Mais le bilan scientifique et géographique est à la hauteur des espoirs placés dans l’expédition : plus de 4 000 lieues de côtes reconnues (soit près de 18000 kms), la position de près de 200 îles ou îlots établie, dont une soixantaine ne figuraient encore sur aucune carte.
C’est cette expérience de terrain, mûrie pendant ces trois années de navigation, que Dumont d’Urville met en forme dès son retour, dans son mémoire de 1831 Sur les îles du Grand Océan— le texte fondateur du découpage Polynésie/Mélanésie/Micronésie évoqué dans mon précédent article. Fort de ce nouveau succès, mais toujours animé par le désir d’aller plus loin, il reprendra la mer huit ans plus tard pour sa dernière et plus grande expédition : celle de L’Astrolabe et de La Zélée.
Photo 1 : Portrait de Dumont d’Urville © Musée national de la Marine/P.Dantec
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Toujours passionnant…Oui les détours des mondes rafraichissent…
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