
La Coquille n’est pas une inconnue pour moi. Cette modeste corvette de la Marine royale a occupé une place particulière dans l’écriture de mon roman Sarah Island 1824, dont l’un des personnages, René-Primevère Lesson, y embarque comme chirurgien-naturaliste. En reconstituant son quotidien à bord — les longues traversées, les escales, les collectes fiévreuses de plantes et d’animaux, je m’étais plongée dans le récit de cette expédition assez méconnue. L’occasion est belle de la retrouver aujourd’hui sous un autre angle : celui de son second, un jeune officier de vingt-huit ans passionné de botanique et d’entomologie, qui allait devenir l’une des grandes figures de l’exploration française du Pacifique — Jules Dumont d’Urville.
En 1822, Louis-Isidore Duperrey obtient le commandement d’une nouvelle expédition scientifique, pensée dans la continuité du voyage de l’Uranie, mené quelques années plus tôt par Louis de Freycinet (la fameuse circumnavigation avec à bord un passager clandestin qui n’était autre que Rose, sa femme, vêtue comme un homme). Duperrey avait lui-même participé à cette expédition comme hydrographe.
Pour composer son état-major, Duperrey choisit des hommes de la Marine plutôt que des savants civils : lui-même prend en charge l’hydrographie, tandis que son second, Dumont d’Urville, se voit confier la botanique et l’entomologie. Les deux chirurgiens du bord, Prosper Garnot et René-Primevère Lesson, complètent l’équipe scientifique.

La Coquille appareille de Toulon le 11 août 1822. Le parcours est ambitieux : cap sur les îles Malouines, puis le Chili, avant de traverser le Pacifique. En avril 1823, le navire aborde plusieurs atolls des Tuamotu avant de poursuivre vers Tahiti, les îles Salomon, puis Port Jackson (l’actuelle Sydney) et la Nouvelle-Zélande.
C’est précisément durant ce voyage que Dumont d’Urville affine les compétences qui feront de lui, quelques années plus tard, le commandant de ses propres expéditions. Botaniste et entomologiste appliqué, il multiplie les collectes tout au long du parcours, des îles Malouines aux côtes australiennes. Ce travail de terrain, mené dans l’ombre du commandant Duperrey, constitue une forme d’apprentissage : c’est à bord de La Coquille que le jeune officier développe cette rigueur scientifique et ce goût de l’inventaire naturaliste qu’il déploiera sur L’Astrolabe, puis sur l’expédition Astrolabe-Zélée.

Le voyage de La Coquille présente une particularité rare pour l’époque : il s’achève sans avarie majeure et sans perte humaine. Le retour en France, en mars 1825, s’accompagne d’une collection impressionnante d’animaux et de plantes.. Les récits de Lesson, en particulier, sont d’une grande richesse : il y consigne ses observations sur les populations rencontrées, comme lors de l’escale à Port Jackson où les officiers français côtoient le chef aborigène Bungaree et ses compagnons. (Figure incontournable de la colonie de Port Jackson, Bungaree, un aborigène australien, avait pour habitude d’accueillir les navires d’exploration étrangers vêtu de ses célèbres uniformes d’officier britannique dépareillés…).

Ce premier tour du monde de Dumont d’Urville, effectué en second, appelle une suite : quatre ans plus tard, c’est lui qui prendra le commandement de L’Astrolabe (la Coquille rebaptisée) pour son propre voyage d’exploration.
Quant au personnage lui-même, René-Primevère Lesson et Duperrey n’ont pas caché leurs griefs envers lui, qu’ils jugeaient pédant, incapable de supporter la contradiction et d’un orgueil démesuré car estimant que son savoir scientifique écrasait celui des autres…
à suivre sur L’Astrolabe !
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