
La visite du pape Léon XIV en France, ce week-end, a remis sur le devant de la scène une question qu’il porte depuis son encyclique Magnifica Humanitas : celle de l’identité incarnée — la voix, le visage, le corps — face à une intelligence artificielle qui sait désormais converser, apprendre, presque ressentir, mais qui reste sans chair.
Il y a deux ans déjà, mon ouvrage Une femme comme moi prenait la question à contre-pied : Valentina, l’androïde qui est la narratrice d’une bonne partie du roman, ne devient pas humaine en acquérant des capacités. Elle le devient en volant, souvenir après souvenir, ceux d’Héloïse, sa propriétaire et notamment ceux qui ont été traumatisant — les expériences de Bwiti gabonais et de Palo Monte cubain, et encore de deuils dont les cicatrices ne se sont jamais refermées.
L’empathie chez elle n’est pas un supplément d’âme programmé, mais une dépossession de celle qui la subit sans le savoir. Pierre, l’homme qu’Héloïse rencontre en chemin, devient à son tour le terrain sur lequel Valentina tente de faire naître en elle un « sentiment amoureux ».
Cette trame intime se déploie sur une toile de fond historique dense, que Valentina reconstitue elle-même dans un métavers pour mieux capter les deux humains qu’elle observe : le Bullock Museum de Piccadilly, traversé à plusieurs époques, de ses collections ethnographiques aux spectacles de magie qui lui succèdent ; le bagne de Rochefort au mitan du XIXe siècle ; et les frères Lesson, naturalistes bien réels, croisés au fil d’un manuscrit et d’un pendentif maori disparus. Rien de tout cela n’est un décor gratuit pour Valentina : dans des mises en situations, l’androïde pense pouvoir accéder aux souvenirs enfouis, inconscients, d’Héloïse.
Un roman qui résonne aujourd’hui autrement — non comme une anticipation, mais comme un rappel que la question de l’I.A. est toujours, d’abord, une question de dépossession.
Pour vous procurer Une femme comme moi en livre papier (10€ sans le port)… vous pouvez m’écrire.
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