Le Grand Océan

Mimia-412

Comment aborder une exposition ? Etreindre son ensemble, deviser sur son intention, sa scénographie, s’arrêter sur les « chefs-d’oeuvre » ou décrire ses coups de coeur ?
La réponse n’est pas simple et il est difficile de s’improviser critique d’art au regard aigu doté de la plume d’un « Diderot », lequel, bien sûr avec brio, osait pourtant parler à la place de certaines oeuvres !
Ainsi, pour une exposition, vouloir embrasser le concept « Oceanie » constituerait une tâche impossible tant les cultures du Pacifique sont variées et les sociétés complexes dans leur histoire et leur modernité, et tant est lourd le passé colonisateur de certains territoires.

Statue-mimia-kiwai Oceania qui se tient actuellement à Londres et qui viendra à Paris au printemps prochain n’a nullement cette prétention mais essuie néanmoins les feux de la polémique quand à sa tenue : elle « n’en suscite pas moins, sinon un malaise, du moins de l’embarras » (Le Monde -Ph. Dagen) ou arbore une scénographie décevante (Blog Casoar ou dixit certains conservateurs et/ou marchands).
Mais entrons plutôt par une petite porte comme j’aime à les emprunter pour tirer quelques ficelles et ouvrir nombre de chemins : Une statue étonnante retient mon attention ; le corps complètement cambré et la tête tournée, que dit-elle ? D’où vient-elle ? Charme agricole de l’île de Kiwai, au sein du delta du fleuve Fly, spécifie la notice du collecteur : un membre de l’expédition ethnographique Cooke Daniels de 1903-1904 !

Pour mon voyage en Papouasie, cet été, j’avais pourtant « revisé » les grandes expéditions du début du XXème siècle ! Allemandes pour la plupart, mais aussi américaines avec notamment celle d’Albert B. Lewis pour le musée de Chicago (nous en reparlerons) !
Celle-là m’avait échappé, ayant omis cette région du Sud-Ouest, mais aussi la volonté d’un Américain fortuné (propriétaire à l’époque du grand magasin de Denver, The Daniels & Fisher Co.), le major William Cooke Daniels, ayant pu embarquer l’anthropologue Charles Gabriel Seligman, le Dr Walter Mersh Strong et MAH Dunning pour s’occuper de la photographie et de l’enregistrement cinématographique, dans un grand voyage en Nouvelle-Guinée britannique au début du XXème siècle et mener à bien cette aventure !
Ainsi se révèlent une importante collection d’objets et de nombreuses photographies que l’on peut interroger dans les bases de données du Pitt Rivers Museum, du British Museum et plus modestement du Horniman Museum, du MAA Cambridge et de l’Australian Museum de Sydney.
Seligman est devenu célèbre en publiant en 1910 l’ouvrage faisant état de ses recherches anthropologiques : Les Mélanésiens de la Nouvelle-Guinée britannique.

Dubu-ahuia-ova
En contre point des statues monumentales, l’exposition présente de délicats dessins, tels ceux de Ahuia Ova, un chef Koita, informateur de Seligman. Ici, il s’agit d’une estrade cérémonielle avec des ignames entassés dessous et des bananes accrochées ; des femmes s’affairent ou dansent autour.
Ahuia n’en était pas à son coup d’essai de dessinateur puisqu’il avait connu quelques années plus tôt le chef de la célèbre expédition du Détroit de Torrès en la personne d’Alfred Cort Haddon et par conséquent, Seligman qui en faisait déjà partie.
L’expédition de 98 est apparue très tôt comme pionnière dans l’anthropologie de terrain fournissant ainsi un modèle à suivre pour les futurs ethnologues. Haddon rapporta de nombreuses notes, objets mais surtout des photographies et des films (Voir les sites du British Museum et surtout du MAA Cambridge)

Waiet-torres-strait
Passé par l’ilôt de Waier au large de l’île de Mer dans le Détroit de Torrès, Haddon avait dû remarquer une représentation de Waiet, objet d’un culte guerrier, conservée dans une grotte. Des modèles en bois étaient réalisés et Haddon a commissionné une collecte d’une de ces représentations en 1905.
C’est cette curieuse effigie que l’on découvre aussi à Londres, dans la même salle (Créer le lieu), surmontée d’une coiffe de carapace de tortue avec de la cire d’abeille pour attacher des plumes de casoar !
Étrange et énigmatique effigie… Cette exposition, si elle nous montre les oeuvres « classiques » du Pacifique Sud, nous réserve bien des surprises…

Photos de l’auteure, octobre 2018.
Photos 1 et 2 : Détails d’une figure Mimia, île de Kiwai, delta du fleuvre Fly, © The British Museum Oc1906,1013.41.

Photo 3 : Dessin de Ahuia Ova, © The British Museum Oc2006,Drg.689.
Photo 4 : Statuette représentant Waiet, © MAA Cambridge Z 9453.

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