D’aimables bricoleurs – 3

C’est ainsi que les Tahitiens ont nommé les missionnaires débarqués dans la baie de Matavaï à Tahiti un jour de mars 1797. Ces hommes, dont seulement 4 d’entre eux avaient été ordonnés ministres, étaient pour la plupart très jeunes et n’avaient aucune idée de ce qui les attendait. Ils savaient lire et écrire et étaient familiers avec la littérature religieuse, ils avaient aussi été des artisans dans différents domaines, mais ils n’avaient reçu aucune préparation pour installer véritablement une mission et se faire adopter des autochtones. Ils se heurtèrent bien sûr au rejet des prêtres et à l’hostilité de la population tahitienne qui préférait leurs dieux. Probablement avaient-ils mis le temps du voyage à profit pour apprendre quelques mots de tahitien ?
Que venaient-ils faire à Tahiti ?
Le mouvement missionnaire sur les îles de la Polynésie orientale tire son origine d’un mouvement social et religieux connu sous le nom de « Renouveau évangélique » qui se répandit en Angleterre à la fin du XVIIIème siècle. Il se consacrait au salut des âmes et à l’amélioration de la société par le commerce et l’industrie. Sur ces principes, The Baptist Missionary Society fut créée notamment par William Carey en 1792 qui partit au Bengale l’année suivante et y poursuivit son oeuvre. En Angleterre, sous l’impulsion de T. Haweis, la congrégation devint The Missionary Society qui se devait de suivre l’exemple des Baptistes aux Indes, et envoyer dans les mers du Sud « des hommes de Dieu entendant les arts mécaniques ».
En 1796, une souscription permit de financer l’achat du Duff afin de voguer vers Tahiti avec à son bord les premiers missionnaires. Tahiti fut choisie en raison des récits des précédents navigateurs qui décrivaient l’île à la fois comme généreuse pour pouvoir accueillir des familles missionnaires, et à la fois peuplée d’habitants aux coutumes païennes répréhensibles (sacrifices humains, infanticides…).

Mais la première mission fut un désastre, et la seconde, partie de Londres en 1798 fut arraisonnée par un corsaire français et ne parvint jamais à Tahiti. Ce n’est qu’à la troisième tentative sur le Royal Admiral parti d’Angleterre en 1800 que douze missionnaires purent s’implanter durablement.
Néanmoins, dans les premiers missionnaires du Duff restés à Tahiti, certains avait tenu un journal et James Wilson, le capitaine du Duff , ayant fait le le tour de Tahiti, avait également apporté sa contribution à la connaissance de la topographie de l’île ; ces éléments constitueront une source ancienne de renseignements non négligeables.

La première image montre la « cession » de terres de la baie de Matavaï au Capitaine Wilson pour l’installation des missionnaires. Matavaï est une baie au nord-ouest de l’île, propice au mouillage des grands navires. C’était effectivement l’endroit où les Européens avaient débarqué (Wallis en 1767, Bougainville en 1768 et Cook en 1769, puis lors de ses voyages ultérieurs en 1773 et 1777). À l’époque, ce dernier avait cru que Pomaré I était le roi de l’île (alors qu’il n’était que le chef d’un territoire du nord ouest de l’île), mais par la suite cette croyance favorisa l’ascension de la famille Pomaré.
Si Pomaré I abdiqua en 1791 en faveur de son fils, il demeura régent jusqu’à sa mort en 1803. Lorsque le Duff arrive à Matavaï, le jeune roi a une quinzaine d’années. Sur le tableau de Smirk, Pomaré I debout à gauche négocie avec les Anglais, Pomaré II et sa jeune épouse sont portés sur les épaules de serviteurs.

Deux dates symboliques marquent le tournant du siècle à Tahiti : 4 mars 1797, c’est l’arrivée du Duff , et le 16 juin 1819 le baptême du roi Pomaré II ! Cela ne sera pas sans conséquence sur les anciens objets de culte et notre connaissance de ceux-ci.

La video ci-dessous, réalisée pour des scolaires, relate brièvement l’importance de la dynastie des Pomaré.

Photo 1 : The cession of the district of Matavai in the island of Otaheite to Captain James Wilson for the use of the missionaries sent thither by that Society in the Ship Duff / Is most respectfully Dedicated, by their most obedient Servants, Will.m Jeffryes & C.o. London : Published for the benefit of the Missionary Society by W. Jeffryes, [179-?], 1 print : aquatint, hand col. ; plate mark 60 x 78 cm. The original painting by Robert Smirk was commissioned by the Directors of the London Missionary Society in 1798 to commemorate the grant of land to build a mission in Tahiti which occurred in March 16, 1797. In the background is Mt. Aora’i. The dwelling immediately behind the group is Bligh’s ‘British house’. The end section of the first missionary house is on the right. © National Library of Australia, nla.pic-an9129636
Photo 2 : Gravure 865 Human Sacrifices at Tahiti. From: Missionary Ships Connected with The London Missionary Society Printed by W. Stevens, London (PD-123).

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :