Un étonnant récipient de Tasmanie

Dessin de Piron, © Musée du Quai Branly PP0049880

Parmi les dessins de Piron, réalisés lors de l’expédition de d’Entrecasteaux, celui représentant des récipients s’est retrouvé sous le feu de recherches actuelles. C’est ce que Stéphanie Leclerc-Caffarel, responsable des collections Océanie au musée du Quai Branly-Jacques Chirac, a expliqué, il y a peu, lors du dernier PAA Meeting.

Lors de la recherche des objets mentionnés dans l’Atlas de La Billardière, on remarque dans la planche ci-dessus le dessin d’un contenant souple reproduit à droite. Identifié comme un sac à eau de Tasmanie (D’Entrecasteaux est en Tasmanie du 21 avril au 28 mai 1792 et du 21 janvier au 21 Février 1793), réalisé à partir d’une certaine sorte d’algue, cet objet existe-t-il encore dans une collection publique ?

Nous savons qu’un certain nombre des artefacts collectés par La Billardière avait pu se retrouver au muséum d’histoire naturelle à la fin du 18ème siècle. Un indice induit la recherche vers la collection de Vivant Denon : la planche 2 de son Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes nous dévoile un sac très semblable (numéro 8 ci-dessous).

Le sac collecté par La Billardière aurait-il pu atterrir dans les collections de Dominique Vivant Denon ?

Mais, au fait, qui est ce personnage ? Sa vie fut un parcours étonnant, le destin d’un homme ayant su  probablement saisir les opportunités, que ce soit sous la royauté ou l’Empire. On le retrouve écrivain, peintre, graveur, collectionneur, diplomate-espion…

Très tôt il est directeur du cabinet de pierres gravées de la marquise de Pompadour. Puis on le retrouve en Russie, en Suède, en Suisse et à Naples selon les lettres de missions… Sous le règne de Louis XVI, il est graveur à l’Académie royale de peinture et de sculpture, et, parvenant à « traverser » la Révolution, il participe en 1798 à la campagne d’Egypte, auprès de Bonaparte et de savants.

Il sera nommé premier directeur du Museum central des Arts en 1802, musée qui deviendra le Musée Napoléon l’année suivante enrichi des saisies napoléoniennes. Mais en 1814, il assiste au démantèlement du musée et ne supporte pas les restitutions faites aux pays pourtant spoliés par Napoléon. Il démissionne et se retire afin de se consacrer à sa propre collection. Celle-ci devient réputée et il rédige avant sa mort en 1825, une sorte d’Encyclopédie, un ouvrage qui paraitra en 1829 sous le titre Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes.

Sa collection est vendue en 1826 et est acquise par La Maison du Roi puis transférée au musée de la Marine installé au Louvre en 1827. Le sac figure bien dans l’inventaire de La Maison du Roi de 1830.

Malgré ses écrits, la constitution de la collection de Vivant Denon est un véritable casse-tête car les provenances des artefacts sont rarement inscrites… Il faut enquêter sur les navigateurs qui sont passés dans les îles dont il possède des artefacts, et ici particulièrement la Nouvelle-Hollande et la Terre de Van Diemen…

© Musée du Quai Branly 71.2021.0.4874

Il y eut bien l’expédition Baudin (1800-1804), mais la piste D’Entrecasteaux est privilégiée grâce au dessin de Piron.

Mais une fois l’objet identifié, il restait à le retrouver. Du musée de la Marine, il a pu emprunter le parcours « Musée d’ethnographie du Trocadéro » puis « Musée de l’Homme » et enfin « Musée du Quai Branly » ou encore le « Musée des antiquités nationales » de Saint-Germain en Laye, puis « Musée National des Arts africains et océaniens » de la Porte Dorée pour terminer là encore au musée du Quai Branly.

Tout concorde pour porter les recherches sur ce musée ; l’ennui était que le sac demeurait introuvable dans les réserves ! Par chance, un sac similaire (71.2021.0.4874) fut repéré dans les collections africaines… Les analyses scientifiques allaient faire le reste du travail et confirmer que la matière (Durvillaea potatorum) provenait bien de Tasmanie !

Le sac pour transporter de l’eau, présent dans le Cabinet de Vivant Denon était bien celui retrouvé ! 

Après une longue interruption dans leur fabrication, de tels sacs sont de nouveau fabriqués en Tasmanie. Dans l’exposition Indigenous Australia: enduring civilisation du British Museum en 2015, la commissaire d’exposition Gaye Sculthorpe présentait, entre autres, une réalisation d’Eva Richardson :

© Eva Richardson 2002 © National Gallery of Australia NGA 2003.14

Ces sacs étaient notamment une tradition des habitants du groupe des îles Furneaux au large de la côte nord-est de la Tasmanie, des îles principales de Flinders et Cape Barren et de la côte ouest de la Tasmanie continentale. Aujourd’hui, grâce à un travail de réapproriation des techniques de fabrication, ses sacs sont devenus emblématiques de la culture matérielle aborigène de Tasmanie.

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