
J’avais annoncé le mois dernier dans cet article l’ouverture de cette exposition au musée des Beaux-Arts de Chartres, et je m’y suis rendue cette semaine pour découvrir les dessins et les objets présentés. Comme pour l’exposition Hawaii au British Museum, le projet chartrain est remarquablement abouti, et le catalogue qui l’accompagne s’avère d’une grande richesse.
Conçue en collaboration avec le musée du Quai Branly–Jacques Chirac, Fidji 1838. Face à Face réunit les superbes dessins d’Ernest Goupil et une sélection d’objets fidjiens. Parmi eux, ce petit temple en fibres de bourre de coco, mis en regard avec celui que Goupil a représenté au centre du village de Levuka, sur l’île d’Ovalau (à l’est de Viti Levu), dessin aujourd’hui conservé dans le Fonds Bouge (cf-ci-dessous).

Il semble que ce type de petit édifice conserve une part irréductible de mystère. Dans le catalogue, Stéphanie Leclerc‑Caffarel, commissaire de l’exposition, avance l’hypothèse d’un ossuaire. Les temples portatifs, reproduisant l’architecture des bure kalou, auraient pu servir de médiation avec le divin (le kalou) et peut‑être abriter des objets précieux.
La seule source citée demeure le récit de l’U.S. Exploring Expedition menée de 1838 à 1842 et publiée en 1845 par son commandant, Charles Wilkes. Une version en ligne en permet la consultation ; le volume III (Télécharger) traite du séjour aux Fidji. Wilkes n’en dit guère plus qu’une brève description, précisant que ces constructions « servent généralement de dépôts pour les chefs ou les personnes de distinction ». Il y joint toutefois un dessin représentant l’édifice observé dans le village de Rewa, sur Viti Levu.

En ce qui concerne ces bure kalou, on trouve un remarquable exemplaire dans les collections du Los Angeles County Museum of Art,

gift of Joseph Winn Jr., 1835
EX.8785.208 photo © Peabody Essex Museum, by Jeffrey Dykes
À signaler que Stéphanie Leclerc‑Caffarel, responsable des collections Océanie au musée du quai Branly–Jacques Chirac, a consacré sa thèse aux relations d’échange entre Fidjiens et Euro‑Américains (1774‑1854), en s’appuyant notamment sur les collections muséales. Ce travail, disponible en ligne, constitue une véritable mine d’informations et d’illustrations.
Je reviendrai dans un prochain article sur d’autres pièces remarquables de l’exposition…
En savoir plus sur Détours d'Océanie
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.