L’Expédition Baudin: Une Exploration Oubliée

Pas de côté par rapport à Fidji : l’Australie s’est invitée avec une passionnante conférence consacrée à Nicolas Baudin, présentée par Michèle Battesti hier, au musée de l’Armée dans le cadre de l’exposition : Explorations Une affaire d’état ?

Comme celle que Martine Marin, présidente de l’association Les Amis de Nicolas Baudin, avait donnée pour Détours des Mondes en 2022, cette rencontre mettait en lumière le succès méconnu de l’expédition (1800‑1804) et l’ostracisme dont son commandant fut victime, jusqu’à être effacé des livres d’histoire.

J’ai déjà évoqué les principales figures embarquées : Charles‑Alexandre Lesueur et Nicolas Petit, les dessinateurs du bord dont les superbes œuvres sont conservées au Museum du Havre, ainsi que Jean-Baptiste Leschenault, le naturaliste. On pourrait encore citer le commandant Hamelin, à la tête du Naturaliste, ou la fameuse rencontre avec Matthew Flinders près de l’île Kangaroo… Ce périple offre une matière foisonnante pour le roman et l’illustration — en témoigne la parution récente du roman graphique Le Sacrifice ultime d’Yves Boistelle et Ritsert Rinsma.

Homme d’Australie (Nouvelle-Hollande), N.-M. Petit ©M. du Havre

Un autre personnage de l’expédition, lui aussi méconnu, mérite d’être évoqué : l’astronome Pierre François Bernier. Âgé de moins de vingt‑et‑un  ans, il s’embarque pour l’aventure et accomplit consciencieusement sa mission, au point que l’astronome Lalande écrira : « La mort de Bernier est le plus grand inconvénient qui ait résulté de ce voyage ». La dysenterie l’emportera effectivement en 1803, en mer de Timor. Parmi ses amis figurait le peintre Ingres…

Portrait de P. F. Bernier par Ingres, 1800

Un mot également sur l’exposition présentée au musée de l’Armée à Paris jusqu’au 16 août. À cette occasion, d’autres conférences sont annoncées : un riche programme!

En voulant embrasser une période très large — du XVIIIᵉ au XXIᵉ siècle — l’exposition réunit des expéditions de nature très différente. Si l’ensemble est didactique, il reste nécessairement en surface. Cela apparaît notamment dans la section consacrée au regard porté sur l’Autre : le mythe du « bon sauvage » y cède la place, au XIXᵉ siècle, à l’idée d’une mission civilisatrice européenne, avec son cortège de violences et de chocs bactériologiques dévastateurs ; la science se mettant au service de la conquête !

Pour l’anecdote, je relèverai ce casque d’officier de dragons, faisant partie de l’expédition La Pérouse, embarqué pour servir de cadeaux pour les populations rencontrées ! Un clin d’œil qui rappelle d’autres objets singuliers liés aux grandes expéditions : un cygne noir que Baudin fit parvenir à Joséphine à la Malmaison, ou encore le podomètre de Savorgnan de Brazza.


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