Ornements des Fidji: Focus sur les colliers

Collier © MQB 72.56.723

Les ornements fidjiens ont déjà fait l’objet de plusieurs articles ici : ils faisaient suite à une conférence réalisée pour l’association Détours des Mondes par Stéphanie Leclerc-Caffarel en 2015, qui avait soutenu sa thèse sur Fidji l’année précédente et qui allait partir pour un nouveau contrat de recherche de deux ans à la Smithsonian Institution.

Une intéressante bibliographie fut donnée à l’époque, à compléter naturellement par le catalogue de la nouvelle exposition de Chartres mais aussi par le catalogue de l’exposition Fiji. Art & Life in the Pacific par Steven Hooper en 2016 qui s’est tenu au Sainsbury Centre of Visual Arts de l’université de Norwich.

J’avais ainsi évoqué le Baron Von Hügel et les ivoires Fidjiens de Cambridge, puis les Tabua, Civatabua et Civavonovono des Fidji et Des pectoraux de chefs aux Fidji. Je n’ai donc que peu à ajouter au sujet des plastrons présentés dans l’exposition Fidji 1838 actuellement au musée des Beaux-Arts de Chartres.

Je peux en revanche signaler la présence de colliers remarquables, dont l’un, composé de mandibules de chauve-souris, retient particulièrement l’attention cf.photo 1. La notice fait état d’un seul autre connu dans les collections conservé au Pitt Rivers Museum (ci-après) donné comme une monnaie.

Collier avec os de mâchoires de roussette © Pitt Rivers museum 1884.99.15

Plus classiques, des colliers en coquilles d’huîtres perlières ont également été collectés. Ils jouissaient d’une grande valeur avant que les baleiniers n’introduisent l’ivoire de cachalot. Dans le collier de droite, les quatre coquilles ont été polies puis soigneusement taillées en une forme pointue évoquant des carapaces de tortue. L’association entre la nacre et la tortue était, semble‑t‑il, synonyme d’objets précieux et encore tabu au début du XIXᵉ siècle.

2 colliers, itaube ©MQB 72.56.738 et 72.56.731

On dispose de très peu d’informations sur ces colliers, Dumont d’Urville n’en ayant donné aucune description au moment de leur collecte. Leur acquisition comme présents diplomatiques est vraisemblable, compte tenu de la valeur qu’ils devaient alors représenter. Par ailleurs, tout indique que ce type de parure était plutôt fabriqué en Polynésie occidentale. En témoigne une gravure de Philippe‑Jacques de Loutherbourg, réalisée d’après un dessin de John Webber — le dessinateur du troisième voyage de Cook — représentant un danseur à Tahiti.

Danseur, Tahiti © Ph.-J. de Louthebourg 1785, d’après un dessin de John Webber, National Library of Australia

On retrouve ce type de collier dans un costume de deuil tahitien conservé à Berne (troisième voyage de Cook), ainsi qu’au cou d’un vieil homme tongien (voir ci‑dessous). Un ornement comparable figure dans la collection Forster du National Museum of Australia, dont la notice suggère, lui-aussi, que ce type de collier serait d’origine tahitienne.

Old man of Amsterdam (Tonga) © William Hodges, 2ème voyage de Cook, Bibliothèque nationale d’Australie à Canberra inv.753

On rencontre des colliers de coquillages portés par des femmes de haut rang, tandis que les wasekaseka — réalisés en ivoire de cachalot — étaient probablement façonnés par des artisans tongiens et samoans pour des Fidjiens de statut élevé. Pour ces impressionnantes parures, les liens formels avec les colliers samoans restent difficiles à établir. Comme le souligne Tobias Sperlich dans son article de 2006, « Embodied Intercultural Dialogues: The Biography of a Samoan Necklace in Cologne » (Journal of the Polynesian Society 115) : « This does not answer the question of whether the Fijian-style necklace was the product of an indigenous Samoan workshop or indeed whether they were produced in Samoa at all. » Quoi qu’il en soit, les illustrations de son étude montrent que ce type de collier pouvait également être porté par des femmes à Samoa.

Colliers © de gauche à droite MQB 72.56.244 – 72.56.245 et 71.1881.69.29

Pour terminer, je ne peux résister à la tentation de vous montrer un peigne sophistiqué et le délicat dessin de Goupil de la « reine de Pao » présentés actuellement à Chartres.


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