
Place à présent à une figure restée dans l’ombre : Camilla Wedgwood.Cette dernière est née le 25 mars 1901 à Newcastle-upon-Tyne, en Angleterre dans une famille au patrimoine légendaire. Son père descendait de Josiah Wedgwood I, créateur de la célèbre porcelaine portant ce nom, et son grand-oncle paternel n’était autre que Charles Darwin.
C’est au Newnham College de Cambridge qu’elle étudie sous la direction d‘Alfred Cort Haddon. Si elle réussit son examen d’anthropologie en 1924, l’université lui ferme ses portes. Elle n’accordera de diplômes aux femmes qu’en 1948 ! Haddon tente bien de lui obtenir un poste d’enseignante — en vain. Elle dut se contenter d’un travail de catalogage au musée d’archéologie, puis d’une série de postes provisoires à Londres, Sydney et Le Cap. De 1931 à 1932, elle fut lectrice à la London School of Economics et l’assistante de recherche auprès de Bronisław Malinowski.

Mais elle ne partit pas sur le terrain rapidement ; elle consacra cinq années à mettre en ordre les notes laissées par Bernard Deacon, mort en 1927 aux Nouvelles-Hébrides. Ces notes de terrain furent ainsi publiées sous le titre Malekula: A Vanishing People in the New Hebrides en 1934. Elle écrivit à Haddon qu’elle ne pouvait pas laisser sa propre thèse de côté : « mes cadets en anthropologie me dépassent dans la course »… et malheureusement c’était vrai ; et elle ne publia jamais son travail !
En 1932, Camilla obtient enfin une bourse du Conseil australien de recherche pour mener un travail de terrain sur la vie des femmes et des enfants à Manam.
Manam, avec ses 4 000 habitants et son volcan actif, était un monde à part. Un lieu où les éruptions menaçaient les villages, et où les traditions résistaient encore à l’influence coloniale ! Elle y resta 15 mois puis quatre mois supplémentaires en 1935. Adoptant sa propre version de la méthode d’observation participante, elle s’immergea dans la vie sociale de Manam et se concentra sur les femmes et les enfants, tout en recueillant des données sur la parenté. Elle écrivit de nombreux articles ; parmi eux, « The life of children in Manam » in Oceania, sept. 1938, vol9.

En 1935, à son retour, elle est mandatée par le gouvernement de Nauru pour « en apprendre autant que possible sur la vie sociale, politique et économique de la population avant qu’elle ne passe sous domination européenne, et étudier l’impact sur celle-ci des contacts culturels des cinquante dernières années« . On peut trouver quelques éléments en ligne concernant ses études : « Report on Research Work in Nauru Island, Central Pacific » in Oceania, 1936, vol. 6, et suite dans Oceania vol. 7, p. 1-33.
Camilla Wedgwood a publié l’essentiel de ses travaux dans les revues Oceania et le Journal of the Royal Anthropological Institute. Elle y traite souvent de questions théoriques, animée par la volonté de contrer le biais masculin dominant dans l’anthropologie de son époque.

Pacifiste convaincue (elle était quaker), Camilla a pourtant rejoint l’Australian Army Medical Women’s Service pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1944, elle a été nommée lieutenant-colonel et a travaillé sur des politiques éducatives pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée, dénonçant alors l’indifférence générale envers l’éducation des femmes. Elle milita encore pour la cause des réfugiés juifs fuyant le régime nazi dès 1937, et leva des fonds pour financer leur passage en Australie. Camilla Wedgwood décède le 17 mai 1955.


Camilla Wedgwood, directrice du Women’s College, vers 1935 © University of Sydney. REF. 00045938
Il existe une biographie complète publiée en 1990 par D. Wetherell et C. Carr-Gregg (Camilla : C.H. Wedgwood 1901-1955, a Life), et ses archives manuscrites sont conservées à la Bibliothèque nationale d’Australie.
Une excellent article de Nancy Lutkehaus : « “She was very Cambridge”: Camilla Wedgwood and the history of women in British social anthropology » dans American Ethnologist nov. 1986, détaille bien des aspects de la vie de Camilla.
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