Lamotrek: Un atoll méconnu

Un homme âgé tenant une figurine en bois sculptée, assis dans une pièce avec des murs colorés et des motifs. Il est vêtu d'un short et montre l'objet avec un sourire.
Extrait du film d’Eric Metzgar, Islands in the storm

Lamotrek. Le nom ne dit rien à la plupart d’entre nous — un atoll grand comme un mouchoir de poche, perdu dans les Carolines occidentales, aujourd’hui rattaché à l’État de Yap en Micronésie fédérée. À peine trois cents habitants, une lagune, trois îlots dont un seul habité. Un point sur la carte.

Carte des îles de Guam et des îles Caroline, indiquant Yap, Ulithi, Fais, Faraulep, Lamotrek, Satawal, Woleai et Ifaluk.

Le nom n’est pourtant pas tout à fait nouveau ici : je l’avais déjà croisé en évoquant la Hamburger Südsee-Expedition, dans cette note de 2013 puis de nouveau dans une datant de 2019, puis donnant le lien dans l’article Une femme à bord du Peiho vers le musée Etpison et sa précieuse traduction des écrits d’Augustin Krämer sur la Micronésie.

Ce dernier faisait partie de la Hamburger Südsee-Expedition, cette entreprise scientifique allemande qui parcourut la Micronésie entre 1908 et 1910 sous la tutelle du Museum für Völkerkunde de Hambourg. Augustin Krämer, le médecin de marine devenu ethnologue, s’arrête à Lamotrek — son épouse Elisabeth Krämer-Bannow, peintre et photographe, à ses côtés, seule femme de l’expédition. Les résultats de ce séjour ne paraîtront que bien plus tard, en 1937, dans le volume Zentralkarolinen de la collection Ergebnisse der Südsee-Expedition, consacré au groupe de Lamotrek, à Oleai (Woleai) et à Fais.

Il faudra attendre un demi-siècle et le documentariste américain Eric Metzgar pour que Lamotrek retrouve un visage et une parole avec son film Lamotrek: Heritage of an Island (1988, 27 minutes) visionnable dans son intégralité sur YouTube depuis le mois dernier :

Lamotrek : Heritage of an island

Ce film, qui explore la culture traditionnelle des habitants de Lamotrek, met l’accent sur l’ancienne sagesse micronésienne du rong, un savoir-faire spécifique mêlant art et magie, lié à des compétences telles que la navigation, la construction de pirogues, la pêche et l’art de tisser. On y retrouve, en filigrane, tout ce que nous avons déjà croisé dans cette traversée micronésienne — les stick charts qui cartographient la houle, les charmes qui accompagnent le navigateur en mer.

Deux personnes sur un bateau, l'une tenant une lanterne et l'autre souriant, sous un ciel nuageux.
Photo tirée du film d’Eric Metzgar, Lamotrek : Heritage of an island

En raison des contacts croissants avec le monde extérieur, les savoir-faire traditionnels du rong sont en déclin, mais ils ne sont pas tombés dans l’oubli. Ainsi sur cette photo issue du film, on distingue nettement l’utilisation de ce qu’on a appelé charme de navigation.

Eric Metzgar a beaucoup contribué à documenter la navigation dans ces régions. Un de ses films sur le sujet a été mis en ligne également le mois dernier présentant les moments forts des expéditions de 2010 organisées par la Yap Traditional Navigation Society, sous la direction du maître navigateur Ali Haleyalur et du chef Bruno Tharngan, maître sculpteur de pirogues. Ces traversées océaniques, effectuées à bord de deux pirogues à voile micronésiennes à balancier unique construites selon les méthodes traditionnelles, ont permis de redécouvrir les anciennes routes maritimes traditionnelles reliant Lamotrek, Guam, Yap et Palau.

A voyaging odyssey

D’autres extraits de ses documentaires sont en ligne. Par exemple :



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