Une étonnante sculpture d’Aitutaki – 15

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Dans l’exposition Oceania présentée à Londres en 2018, l’on pouvait admirer cette curieuse figure féminine dont le corps, les membres, la tête sont ornés de motifs peints, et normalement conservée au Museum fünf Kontinente de Munich. Celle-ci provient d’Aitutaki, une des îles du groupe du sud des îles Cook, déjà évoquée (article 7) avec Atiu, Mitiaro, Mangaia. Nous avons déjà mentionné des oeuvres anciennes d’Aitutaki sous la forme de bâtons ajourés, dentelés, avec des motifs de zigzags en reliefs. Les trois bâtons ci-dessous, conservés au British Museum, en constituent de parfaits exemples ; mais une telle représentation féminine de près de 60 cm de hauteur… voilà une chose bien plus rare !

Oc1982, Q.120
LMS45
LMS44

 

Sur ces types de « dieux-bâton », on peut remarquer (comme nous l’avons vu sur A’a) l’existence de petits personnages, les mains jointes sous le menton ou sur le ventre, ce qui est peu clair sur les exemples ci-dessus car un peu endommagés, mais plus visibles sur l’exemplaire certes différent dans sa conception (conservé au British Museum (cf. ci-dessous))

Oc1982, Q.119

 

Que savons-nous des collectes faites à Aitutaki par John Williams ? « Notre » statue en fait-elle partie ? Cette île a été rapidement convertie et Williams précise dans son ouvrage A Narrative of Missionary Enterprises in the South Sea Island qu’il a obtenu 31 « trophées » dont 25 d’entre eux furent donnés à la députation de Tahiti et que les 6 autres furent envoyés en Angleterre pour rejoindre le musée de la LMS. Ils ont dû arriver à Londres au printemps 1824, toujours d’après les indications de J. Williams.

« The gods and bundles of gods which had escaped destruction, thirty-one in number, were carried in triumph to the boat; and we came off to the vessel with the trophies of our bloodless conquest, rejoicing as one that findeth great spoil« . p.63-64
« And, as other warriors feel a pride in display- ing the trophies of their victories, we hung the rejected idols of Aitutaki to the yard-arms and other parts of the vessel, entered the harbor in triumph, sailed down to the settlement, and dropped anchor, amidst the shouts and congratulations of our people« . p.107-108
« I obtained from the chief of Aitutaki a short account of the relics of idolatry. Twenty-five of these I numbered, and transmitted, with their names and history, to the deputation13 then at Tahiti; six others were sent to England and many of them are now in the Missionary Museum« . p.109

Se peut-il que la statue de Munich ait été dans ce lot ? Michaela Appel, conservatrice Indonésie / Océanie du Musée d’ethnologie de Munich a cherché à en savoir plus, et a produit une étude détaillée de cette sculpture dans l’article : Female Figures from Aitutaki : Traces of Genealogy and Descent.

statue-munich

À ses yeux, bien qu’il n’existe pas de preuve formelle, elle pense qu’il est fort probable que la statue ait fait ce voyage. Malgré l’existence de la liste des 31 objets (cf. David Shaw King, 2011, Food for the flames p. 186-188), il n’est cependant pas évident de l’identifier formellement.

Qu’en est-il de l’interprétation de cette figure en dépit de toute information ? La présence des ornements « dentelés » sur le côté de la statue a notamment interpellé les chercheurs. La thèse de M. Appel consiste à voir en eux, des images anthropomorphes superposées faisant référence à la succession des générations. Pour l’étayer, elle s’appuie sur diverses études et sur la comparaison avec d’autres sculptures des îles Cook (notamment celles que nous avons étudiées dans les articles précédents). Sachant que les généalogies jouent un rôle central dans la pensée des Polynésiens, il lui semble probable de pouvoir les interpréter comme des symboles de la colonne vertébrale d’un clan avec sa succession de générations. Comme les encoches sur les bâtons généalogiques et les dieux bâtons décrits ci-dessus, ils auraient pu servir de dispositif mnémonique lorsqu’on récitait des généalogies. Des savoirs notamment précieux en ce qui concernait les droits sur des terres. 

figure-munich-profil

Que dire encore sur le fait que la statue soit féminine ? Bien que les mythes de création fassent intervenir généralement des divinités masculines, il semble que certains ancêtres féminins puissent avoir eu une importance dans la succession des générations… Il existe, du reste, d’autres figures féminines à Aitutaki et notamment comme avant de proue de pirogue. 

Lire l’article très complet de Michaela Appel

Photo 1 de l’auteure, Oceania, Londres 2018.
Photos 2, 3 et 4 : Dieux-bâton d’Aitutaki © The British Museum, resp. Oc1982, Q.120, LMS45 et LMS 44
Photos 5 et 6 : Dieu Bâton Oc1982, Q.119 et détail © The British Museum
Photos 7, 8 et 9 : Figure féminine d’Aitutaki, © Musée des 5 continents, Munich, photos. Marietta Weidner.

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