Le H.M.S Royalist (1)

H.M.S Royalist, 1888 © State Library of South Australia

Dans l’excellente collection Pacific Presences éditée par Nicholas Thomas et publiée par Sidestone Press, est paru en 2019 le volume 6 : RESONANT HISTORIES. Pacific artefacts and the voyages of HMS Royalist 1890-1893 sous la direction d’Alison Clark.

La récente lecture de cet ouvrage est pour moi l’occasion de revenir sur une partie méconnue de ce qu’on appelait les Territoires britanniques du Pacifique occidental, et plus précisément les îles Gilbert et Ellice, et ainsi de se pencher sur l’histoire des collections liées aux 3 voyages effectués par le Royalist entre 1890 et 1893.

Carte 1912 © T.D.R

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, les Européens se sont plus particulièrement penchés sur cette partie du monde car elle présentait des potentiels économiques intéressants. L’exploitation du coprah était un commerce fort rentable, puis avec la guerre de Sécession américaine et l’augmentation du prix du coton, la culture de ce dernier dans les régions du Pacifique où elle était possible, pouvait aussi s’avérer être une affaire intéressante. On conçoit aisément que les tensions aient été exacerbées dans ces lointains territoires britanniques entre les colons, la main-d’oeuvre indigène mais aussi au sein même des Européens et des Américains.

C’est dans ce contexte que le Capitaine Edward Henry Meggs Davis fut envoyé en mission, commandant le H.M.S Royalist et ce, afin de faire respecter la loi britannique, aidé en cela par d’autres patrouilleurs.

Le premier voyage se déroula entre avril 1890 et novembre de la même année : Parti de Sydney le navire accosta dans les Nouvelles-Hébrides afin notamment de résoudre des demandes d’assistance d’expatriés britanniques. Davis repartit en juin 1891 pour la zone commandée alors par les Britanniques dans les Salomon, les « Salomon inférieures » (voir carte ci-dessous) :

Des meurtres d’Européens avaient été signalés depuis quelques années et en arrivant le 15 août 1891 dans le lagon de Roviana, Davis apprit que quatre employés avaient été récemment assassinés. Il n’hésita pas à mener en septembre et octobre une expédition punitive, détruisant tous les villages de la lagune.

On mesure le tragique des deux photographies qui suivent : Des officiers et des membres d’équipage du HMS Royalist posent à côté de canoës avec des torches allumées, puis le village est en feu.

Lagune de Roviana 1891 © Chau Chak Wing Museum – Sydney HP87.14.24
Lagune de Roviana 1891 © Chau Chak Wing Museum – Sydney HP87.14.21

C’est dans cette période que Davis est entré en possession d’objets des Salomon, se livrant avec ses marins à des pillages d’objets rituels et de reliques.

© British Museum Oc1904, 0621.5
© British Museum Oc1894.-188

À travers la société Edward Gerrard & sons, mais aussi par l’entremise de Edge-Partington, le British Museum a acheté un grand nombre d’objets de la collection Davis. Ainsi cette maison de crâne et ce charme ont-ils été pris sur les tombes de Kolokongo à Roviana par Davis, lequel s’est approprié ces objets puis les a revendus. Rien n’indique que Davis ait été chargé d’une mission de collecte plus générale lors de ses voyages, mais il était courant que les musées britanniques écrivent aux officiers afin de solliciter des objets en échange d’argent. C’est probablement dans cette optique que s’est constituée la « collection Davis » sur base de pillages, d’achats, de cadeaux…

Lors de la grande exposition Oceania qui s’est tenue Londres en 2018, on pouvait admirer l’un des plus imposants objets rapportés par Davis de Roviana : une grande auge de festin de près de 7 mètres de long et « pillée » au village de Kalikongu,

© British Museum Oc1903,1007.1, photo de l’auteure, exposition Oceania Londres 2018.

On retrouve des objets identiques au Rautenstrauch-Joest Museum de Cologne issus de la collection Davis et en provenance de Roviana. Il s’agit entre autres, d’une section d’une immense auge, qui devait être probablement plus grande que celle du British Museum, avec la même iconographie faisant référence à la chasse aux têtes, et d’une maison de crâne.

© Rautenstrauch-Joest Museum, Cologne, 11004
© Rautenstrauch-Joest Museum, Cologne, 10638

Le musée de Cologne recèle encore bien des objets « Davis », mais pourquoi ? Les voyages, les collectes de Davis et la revente des objets suscitent bien des questions, et l’ouvrage d’Alison Clark fait la lumière sur de nombreux points à travers une passionnante enquête…

À suivre…

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